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9 mars 2010

Une répartition équitable des biens est incompatible avec l’OMC actuelle

 

Interview du conseiller national Carlo Sommaruga

L’avenir de l’agriculture suisse va être débattu cette semaine au Conseil des Etats. Il sera essentiellement question de souveraineté alimentaire. Il ne s’agit ni de revenir à l’époque du plan Wahlen, ni de viser l’autarcie, ni de s’isoler mais de promouvoir une agriculture autonome axée sur les besoins de la population, comme le recommande le Rapport de l’ONU sur l’agriculture mondiale, et cela aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. Or cette agriculture autonome est impossible avec un accord de libre échange de type OMC. C’est ce que montre l’interview du conseiller national Carlo Sommaruga qui vient de faire un voyage en Colombie, pays qui pratique actuellement une politique agricole tout à fait dans l’esprit de l’OMC.

Horizons et débats : Vous êtes allé en Colombie il y a quelque temps. Quelle impression ce pays vous a-t-il faite ? Quelle y est la situation de l’agriculture ?

Carlo Sommaruga : J’ai voyagé pendant 10 jours dans le centre de la Colombie, dans la région de Magdalena Medio. Mon objectif était de voir où en étaient les projets de Swissaid et de me rendre compte des problèmes résultant de la monoculture du palmier.
La Colombie est un pays profondément marqué par la violence. Les travailleurs et les paysans qui s’opposent aux intérêts des puissants sont menacés et assassinés. De nombreux syndicalistes et porte-parole des paysans sont assassinés par les paramilitaires qui agissent au nom de puissants groupes industriels et de gros propriétaires terriens. Contrairement à ce que déclare le président Alvaro Uribe, les paramilitaires sont encore très présents. Ce fait est confirmé par le rapport de Human Rights Watch de février dernier. Les violences ont lieu là où les intérêts des petits paysans et des travailleurs s’opposent à ceux d’une industrie et d’une production agricoles orientées vers le marché international et non vers la demande intérieure. Il est manifeste que le gouvernement colombien est passé maître dans l’application d’une politique de marché international qui ne se préoccupe pas des besoins sociaux et écologiques. Dans certaines régions, on ­trouve de gigantesques monocul­tures. On avantage les gros fermiers, qui possèdent des terres aux superficies presque infinies où, par exemple, ils ont planté uniquement des palmiers pour la production d’huile de palme. Ou bien on voit des troupeaux gigantesques. Il s’agit d’une véritable agro-industrie avec tout ce que cela comporte.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Quelles sont les conséquences ?

Dans la région de Magdalena Medio, que j’ai visitée, des élevages extensifs, le projet gouvernemental de culture intensive du palmier et la culture du coca contrôlée par les trafiquants de drogue ont plongé les petits paysans dans la misère. Il y a même eu des pé­riodes où la production alimentaire insuffisante a entraîné des famines.
On repousse de plus en plus les petits paysans. On les force à se rabattre sur les forêts pour y cultiver le maïs et le soja. Mais étant donné la pénurie de terres et les pressions des grands groupes agro-industriels, on leur prend leurs nouvelles terres pour y pratiquer l’élevage et des monocultures. Celle du palmier pose des problèmes sanitaires. Les palmiers sont attaqués par un virus qui se propage très rapidement. Cela signifie que, pour lutter contre les maladies, on utilise des tonnes de produits chimiques polluants qui détruisent les défenses immunitaires. Dans la région de Magdalena Medio, 14 des 17 raffineries d’huile de palme ont dû être fermées.
Mais en plus des problèmes écologiques, on constate de graves problèmes sociaux. Les petits paysans qui, selon le Rapport sur l’agriculture mondiale, représentent l’avenir de l’agriculture et de la sécurité alimentaire sont de plus en plus évincés et ils doivent lutter durement pour subsister.

Qu’est-ce que cela signifie pour la population ?

Son approvisionnement alimentaire est insuffisant. Les gens n’ont pas assez à manger. On ne se nourrit pas d’huile de palme, mais ce produit se vend bien sur le marché mondial. Cependant seules les multinationales en tirent profit.

Comment les paysans tentent-ils de survivre ?

Ils vendent une partie de leurs terres afin de pouvoir nourrir au moins une partie de leur famille. Ils perdent leur terre et la plupart du temps, on ne les paye même pas. D’autres s’endettent, imitant en cela les gros producteurs, mais les perspectives à long terme sont sombres. Il s’agit là d’un problème non résolu dont l’origine réside manifestement dans l’agriculture orientée vers le marché mondial.
Cette politique agricole se fait au mépris de la durabilité. On produit en vue de profits immédiats au lieu de penser au long terme et à un approvisionnement suffisant de la population indigène.

Qu’est-ce que l’on pourrait faire pour améliorer la situation ? Les habitants vont être obligés de trouver rapidement une solution.

Il n’y a qu’une solution : une agriculture orientée vers les besoins de la population, qui garantit une distribution équitable des biens afin que les plus démunis en profitent également. Avec l’OMC telle qu’elle est actuellement, cela ne sera jamais possible car elle est dominée par les Etats-Unis et les autres pays industriels et, en dernier ressort, ce sont les multinatio­nales qui décident du fonctionnement du commerce et de ce qui doit être cultivé. Elles ne se préoccupent absolument pas des problèmes écologiques et sociaux. Il faut prendre au sérieux les conclusions du Rapport sur l’agriculture mondiale et les mettre en pratique. Sinon, nous aurons à l’avenir encore plus de per­sonnes souffrant de la faim et une industrie agro-alimentaire qui s’enrichit aux dépens des pauvres.

Horizons et débats . Paris, le 8 mars 2010.

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