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16 octobre 2018

Les travaillistes jaugent le plan économique de la municipalité de Preston, au nord-ouest du Royaume-Uni

The « Preston Model », le modèle qui inspire Corbyn

par Marcelo Justo

 

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Lors du dernier congrès annuel du Parti travailliste [22/25 sept 2018], un modèle économique inespéré a fait fureur : celui de la municipalité de Preston dans le Lancashire, au nord-ouest du Royaume-Uni. Le leader travailliste Jeremy Corbyn et son numéro deux, John MacDonnel, ont qualifié le « Preston Model » d’ « inspiriant », de « source pour une solution radicale » aux ravages de l’austérité conservatrice et de la globalisation. Voici l’histoire de ce modèle qui éblouit l’un des partis social-démocrates les mieux placés de l’Europe.

Le «  Preston Model  » fait partie du « Nouveau Municipalisme » qui ne se limite pas à récupérer le rôle de ’État mais il est ouvert à une pluralité de voies incluant des coopératives, des mutuelles, des coopératives de crédit ou banques mutualistes [crédits unions] et des marchés populaires. « Nous profitons de l’expérience de Cleveland aux États-Unis, de la romagne en Italie, de Arrasate au pays Basque [Mondragón en esp], et de la municipalita de la Catalogne. Nous utilisons le pouvoir municipal pour donner une priorité au local au lieu de baser la croissance sur les grandes entreprises et les multinationales », a expliqué à Pagina12 Matthew Brown, à la tête de la municipalité.

Capitale du comté de Lancashire, avec 124 000 habitants, Preston s’est industrialisé au 19e siècle à travers l’Industrie du coton et s’est désindustrialisé dans les années 80 et 90 par la main du Thatcherisme. Les parallèles entre cette histoire et celle d’autres lieux du monde, y compris l’Argentine, attirent l’attention. La première stratégie municipale pour remplir le vide laissé par la desindustrialisation fut un modèle économique basé sur une ’pluie d’investissements’ qui n’est jamais arrivée... On a perdu beaucoup de temps, beaucoup de vies ont été affectées », a souligné Brown.

La ’pluie d’investissements’ se concentrait sur un projet de regénération de la ville estimé à environ 700 millions de livres (796 millons d’ Euros) qui impliquait l’utilisation de 37 hectares de terrains municipaux et la construction d’un énorme centre commercial avec un complexe de cinémas, de restaurants, et de commerces, un terminal d’autobus et un grand marché. Deux grandes multinationales, Grosvenor et Lend Lease Corporation, étaient en charge du projet qui incluait de grandes enseignes de supermarchés et de magasins britanniques.

L’explosion financière de 2008 et le programme d’austérité des Conservateurs en 2010 ont mis un terme à cette voie immobilièro-financière. En 2011, Preston était, encore une fois, au milieu de nulle part. Dans un classement comparatif de 322 municipalités anglaises, Preston se trouvait à la 42ème place en termes d’indice de pauvreté, de chômage, d’exclusion financière et d’expectative de vie.

Aux élections municipales de 2012, le manifeste de Brown, défenseur d’un nouveau régionalisme, fut la goutte d’eau dans le désert qui l’a mené à se trouver à la tête de la municipalité. « Il s’agissait de partir de nos propres forces, d’imprimer une logique différente des mega-projets. Les grandes entreprises sont intéressées par le profit tiré d’un projet les intéresse pour doper leur rentabilité dans d’autres endroits. L’impact sur l’économie locale ne figure pas parmi leurs priorités », remarque Brown.

A travers ce nouveau prisme et l’usine d’idées du Centre for Local Economic Strategies (CLES), les « points d’ancrage » (anchors) devant soutenir un nouveau modèle ont été idenifiés. A une époque de coupes budgétaires de l’administration centrale, les contrats publics de la municipalité et du comté, depuis le secteur éducatif – de l’école primaire à l’université – aux secteurs hospitalier et la police sont devenus ces « points d’ancrage » qui pouvaient stimuler le fonctionnement de coopératives, de commerce et les PME locales. « La fourniture de repas des écoles et des hôpitaux, la réalisaton de travaux d’infrastructure ne généraient pas beaucoup de richesse dans l’économie locale », remarque Brown.

En 2015 le comté de Lancashire a ouvert un appel d’offres pour la fourniture de repas dans les écoles. La dimension dépassait la capacité des compagnies locales aussi l’appel d’offres a été divisé en neuf parties : appel d’offres pour la fourniture de la farce des sandwichs, du verre de lait, du yogurt, du fromage, etc. Ce changement a favorisé la participation de micro-entreprises locales qui utilisaient les produits laitiers de la zone.

Le CLES estime qu’en 2013 les six principaux organismes publics de Preston avaient injecté l’équivalent d’environ 112 millions d’euros dans la ville et environ 285 millions d’euros dans le comté. En 2017 la somme avait presque triplé dans le cas de la ville et doublé dans le cas du comté. « Ce n’est pas la question d’entrer dans de fausse dichotomie. Puisqu’il est important d’attirer des investissements, mais au niveau municipal, l’important est comment faire pour que toute l’activité économique publique fasse du bien directement à la zone », a souligné à PáginaI12 Neil McInroy, directeur du CLES.

Ce « régionalisme » offre un nouveau modèle pour des villes et des peuples ayant une densité de peuplement similaire à Preston, des localités fréquemment abandonnées à la main du destin dans le capitalisme actuel de plus en plus rassemblé autour des grands centres urbains. Un projet coordonné de la municipalité avec le comté de Lancashire et le Fonds de Pension régional se traduit dans un investissement de 345 millions d’euros pour construire 17 000 maisons et pour générer 20 000 emplois locaux : 3 000 logements sont déjà terminés.

Le nouveau marché municipal a permis de baisser le prix du coût des produits et a créé de nouvelles opportunités pour des micro - entreprises. « Nous promouvons les coopératives de crédit locales qui délogent les usuriers qui profitaient de la crise pour toucher des intérêts exorbitants. Nous sommes entrain d’étudier la livre du Bristol, une monnaie locale que l’on utilise pour stimuler la consommation avec des entreprises indépendantes au sein de la ville. Nous voulons créer une banque communautaire sans but lucratifs, basé sur le modèle allemand, pour développer les PME locales. Mais le potentiel n’est pas seulement économique. Il est aussi participatif, démocratisé. Le vieux modèle ne sert pas. Il faut en inventer un nouveau », a indiqué Brown à ce quotidien.

A l’époque de Trump-Macri-Bolsonaro-Salvini-Orbán il faut affuter l’imagination pour trouver des alternatives au niveau micro et macro. Dans ce sens, les problèmes de la gauche n’ont pas changé. Dans une note que j’ai publié dans BBC Monde en août 2016, les éditeurs ont synthétisé le dilemme dans le titre : « Pourquoi la gauche n’a-t-elle pas bénéficié de la crise économique mondiale ? (et la droite oui) ». Dans l’article, Costas Lapavitsas, ex-député de Syriza en Grèce, enseignant de SOAS à l’Université de Londres et auteur « Du capitalisme financiarisé. Expansion et crise », soutenait que la gauche ne s’était pas encore remise de l’échec subi au XXe siècle, mais il se prenait le pari que tout était encore en jeu.« Aujourd’hui le néolibéralisme continue d’être l’idéologie dominante sur toute la planète, mais c’est une idéologie qui va se fracasser à cause de sa propre rigidité. La gauche a besoin d’être prête pour la prochaine crise. Elle ne peut refaire l’erreur de 2008 », a-t-il remarqué.

Avec Jair Bolsonaro à vue, l’avertissement est plus en vigueur que jamais.

Marcelo Justo depuis Londres pour Página 12

Página 12. Buenos Aires, le 15 octobre 2018

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

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