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27 octobre 2020

Rendre les Etats-Unis d’Amérique à nouveau Jeffersonienne

par Pepe Escobar *

 

Un penchant messianique conduit les Etasuniens à considérer comme des acteurs malveillants toute nation qui s’écarte des « vérités évidentes ». La planète entière a toutes les raisons de se demander comment tous ces nobles idéaux des Lumières que Thomas Jefferson a inscrits dans la Déclaration d’Indépendance de 1776 ont abouti à… Trump contre Biden.

Jefferson a emprunté librement à Locke, Rousseau, Hume pour en arriver à un « Greatest Hits » éminemment remarquable, mettant en avant des « vérités évidentes » telles que « tous les hommes naissent égaux », « droits inaliénables », et ce fulgurant « vie, liberté et poursuite du bonheur ».

Baudrillard aurait qualifié l’exercice de simple simulacre, car dans la vie réelle, aucune de ces rhétoriques édifiantes ne s’appliquait aux Amérindiens et aux Africains asservis.

Pourtant, il y a quelque chose d’infiniment fascinant dans ces « vérités évidentes ». Elles rayonnent en fait comme des axiomes de Spinoza, engendrant des vérités abstraites qui peuvent être extrapolées à volonté. Les « vérités évidentes » de Jefferson ont fini par créer l’ensemble de la structure massive de ce que nous définissons comme la « démocratie libérale occidentale ».

Il n’est donc pas étonnant que l’Amérique – qui se décrit toujours comme le « leader du monde libre » – considère ces « vérités évidentes » comme la base d’une société idéale.

Et c’est ce fleuve messianique de fervente vérité coulant d’un Himalaya de la Moralité qui conduit les Américains à considérer comme des « acteurs malveillants » toute nation ou société jugée comme « déviant » de ces évidences.

Ces maudits étrangers. Ils sont toujours prêts à mal faire.

Voici un mini-remix du dernier débat présidentiel de Trump-Biden. En termes de politique étrangère, cela donnait quelque chose comme ça.

La modératrice est désespérée de passer à autre chose car elle est très consciente des contraintes de temps et des affrontements incandescents qui se profilent à l’horizon : « Maintenant, je veux passer à la Défense. Il est établi que la Russie et la Chine s’immiscent dans notre processus électoral… »

Voici le matériel classique de « vérité évidente », livré selon les directives strictes du Council on Foreign Relations.

  • Partie Biden : tout pays qui interfère avec les élections étasuniennes« en paiera le prix ». La Russie « a été impliquée, la Chine a été impliquée dans une certaine mesure, et l’Iran a été impliqué ». Ils interfèrent avec la « souveraineté des Etats-Unis d’Amérique ». Rudy Giuliani a été utilisé « comme un pion russe ». Trump n’est « pas disposé » à affronter Poutine. La Russie a « déstabilisé l’OTAN » et « paie des primes pour tuer des Américains en Afghanistan ». Et la Chine « doit respecter les règles » – ou alors.
  • Partie Trump : « Vous voulez dire que le portable de l’enfer est un autre canular de la Russie, Russie, Russie ? »

Pour information : Joe Biden a accusé la Russie pour le contenu de l’ordinateur portable de son fils Hunter.

À propos de la Corée du Nord, quand Trump a dit qu’il s’entendait bien avec Kim Jong-Un, Biden a déclaré : « Nous avions de bonnes relations avec Hitler avant qu’il n’envahisse l’Europe ». Soit dit en passant, l’Allemagne est et reste en Europe. Et c’est quelque chose de voir Biden reconnaître en public le soutien industriel et politique avéré des États-Unis au Nazisme.

Ces maudits étrangers

Donc, inévitablement, l’ordinateur portable de l’enfer devait faire surface.

Le FBI possède le portable de Hunter Biden depuis décembre 2019 – puisqu’il avait émis une assignation à comparaître à son sujet. Et pourtant, le FBI est resté assis sur l’ordinateur portable pendant 11 mois sans rien faire.

Cela a dû donner beaucoup de temps à ces satanés Russes pour voler l’ordinateur portable et y placer des preuves incriminantes.

Eh bien, pas vraiment. Le FBI était occupé à réfléchir à la façon de mener une enquête sur le « blanchiment d’argent ». Et pas sur la pornographie infantile – qui, selon Giuliani, est la pièce de résistance de l’ordinateur portable. Personne ne sait si ces prétendues « enquêtes » sont en cours.

Maintenant, le FBI et le Département de la Justice se sont finalement « mis d’accord » : L’ordinateur portable et les e-mails de Hunter Biden ne faisaient pas partie d’une campagne de désinformation russe – ce qui contredit directement ce que Joe Biden a déclaré lors du débat.

Mais ensuite, juste avant le débat, une déclaration choque – incluant le FBI et la Sécurité Intérieure – avait annoncé que ces satanés Russes et Iraniens « essayaient en fait d’influencer l’opinion » sur les élections américaines.

Les « vérités évidentes » étaient de retour en force.

On ne peut pas inventer ce genre de choses. Et c’est encore plus trouble lorsque la véritable « interférence électorale » peut venir de l’intérieur des États-Unis, et non de ces maudits étrangers.

L’été dernier, le Transition Integrity Project (TIP) a étudié les scénarios possibles après le 3 novembre. Tous les scénarios ont conduit à une énorme crise constitutionnelle – forcée, en partie, par le refus de Trump de reconnaître sa défaite aux élections.

Comme on pouvait s’y attendre, le TIP est une bulle du Beltway, composée d’un assortiment de hauts dirigeants du Parti Démocrate, de Clintonistes, d’Obamistes et de néo-conservateurs Never Trumper.

Leur message est maintenant largement accepté comme un autre avatar des « vérités évidentes » en raison de la puissante emprise de ce groupe sur les médias anglo-américains dominants. On peut en voir des réverbérations, par exemple, ici, ici et ici.

Ainsi, le scénario apocalyptique privilégié pour l’avenir prévoit des élections non résolues, un grand chaos sociopolitique, des protocoles de « continuité du gouvernement », voire la loi martiale.

Qu’est-ce que « la vie, la liberté et la poursuite du bonheur » ont à voir avec cela ?

Pepe Escobar* pour Asia Times

Original : « Make America Jeffersonian Again »

* Pepe Escobar est un journaliste brésilien de l’Asia Times et d’Al-Jazeera. Pepe Escobar est aussi l’auteur de : « Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War » (Nimble Books, 2007) ; « Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge » ; « Obama does Globalistan  » (Nimble Books, 2009), Empire of Chaos (Nimble Books, 2014), et 2030 en format Kindi. Vous pouvez le suivre sur Facebook.

Traduit par : Réseau International

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