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10 décembre 2006

Quelque chose sent mauvais à Fray Bentos, Uruguay.

 

Quelque chose sent mauvais à Fray Bentos, Uruguay.
L’Empire attaque l’Intégration sudaméricaine en Uruguay avec Wolfowitz et la Banque Mondiale que soutiendront Botnia jusqu’à la fin, parce que si elle triomphe, signifierait la fin du Mercosur.

Por José Pablo Feinmann
Página 12
. Buenos Aires, 10 de Diciembre de 2006

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Si Hamlet, dans son monologue, se plaint des retards de la Justice, comment ne pas voir que dans cette question de l’usine de pâte à papier, la Justice non seulement se défile mais menace de ne pas montrer sa face ? Hamlet, entouré dans les toiles d’araignée des crimes qui frappent le royaume de Danemark, angoissé par les fautes évidentes de coupables impunis, dit sa (fameuse) phrase : "Quelque chose sent le pourri au Danemark".

Tous savent que quelque chose sent le pourri à Fray Bentos les intellectuels argentins le savent, eux qui font circuler une pétition qu’ils publieront bientôt. Nous supposons que quelque chose va se passer. Nous le supposons parce que certains de leurs points de vue sont irréfutables. Par exemple : "l’Uruguay et l’Argentine font partie du Mercosur, le processus d’intégration le plus avancé de notre région, destiné à affronter les défis de la globalisation et à renforcer un horizon de réformes progressistes nécessaire pour changer le paysage social difficile qui affecte nos pays".

Le Mercosur est en danger d’extinction avec l’usine à papier de Fray Bentos. Mais - nous ne pouvons pas ne pas savoir ceci - nombreux sont les ennemis du Mercosur et nombreux sont ceux qui fêteraient son échec. Entre eux, l’usine à papier de Fray Bentos, qui est une entreprise multinationale. Qui a reçu, en outre, appui de la Banque Mondiale, dont le président, Paul Wolfowitz, est un homme du schéma international et de guerre des Etats-Unis (parce que le schéma que les Etats-Unis a, aujourd’hui, du "monde" c’est un schéma de guerre, de guerre de prévention, c’est-à-dire, de guerre en état de latence permanente).

Paul Wolfowitz n’a aucun intérêt à ce que le Mercosur soit consolidé. Il doit être plus que satisfait en assistant à la détérioration de cet organisme qui rassemblerait les pays de l’Amérique latine dans une politique d’indépendance. Wolfowitz soutient Botnia parce que Botnia, si elle triomphe, signifierait la défaite du Mercosur et le triomphe, qui en découle, de l’ALCA.

Voilà ce qui se joue aussi à Fray Bentos. De ce point de vue, l’"innocence" de la papeterie finlandaise, la défense de son simple intérêt "technique", se révèle dans ce qu’elle a d’occulte. Tout sent mauvais ici. Non seulement les pourritures avec lesquelles l’usine de pâte à papier va affecter les nez et les poumons et la vie en général des gens qui ont la malchance d’habiter dans ses alentours. Botnia est l’avant-garde de la destruction du Mercosur.

Je ne dis pas que cela a toujours été ainsi. Mais, en politique, les faits prennent des manières différenciées et chaque fois plus complexes au fur et à mesure qu’ils sont développés. Ce qui était une simple entreprise qui s’était installée dans un petit pays sud-américain, aujourd’hui (au moyen de l’appui de la Banque Mondiale et, par conséquent, des Etats-Unis) a été transformée en un outil plus efficace pour démontrer que le Mercosur est impossible. "Il n’est pas viable", comme on dit généralement.

Le spectacle de deux pays se crêpant le chignon à cause d’usine de pâte à papier finlandaise, cette image de confrontation sans issue entre l’Argentine et l’Uruguay révèle que le Mercosur, entre les mains "barbares de latinoaméricains", est impossible. Des choses que doivent gérer les pays « chefs » de la Communauté internationale. Les petites régions féodales de l’Amérique latine n’ont pas encore de la maturité politique pour mener à bien quelque chose que l’Europe a déjà fait. Ainsi pensent-ils, ainsi raisonnent-ils, ils ne le diront pas mais c’est sur la base de ces convictions qu’ils agissent. Comme le dit le texte (la pétition d’intellectuels) auquel j’ai fait mention : "aujourd’hui c’est un test sur la volonté politique des deux gouvernements pour éviter qu’une involution jusqu’à la xénophobie gâche l’amitié historique entre nos peuples et cette perspective commune".

Une pétition est une expression de désirs : quelque chose devrait être fait d’une certaine manière et non d’une autre. C’est sûr ce qui dit le texte par rapport "à la volonté politique des deux gouvernements". Elle essaye de signaler qu’ ici est en jeu un projet d’intégration et jusqu’à l’unité politique de l’Amérique latine, empêché maintes et maintes fois depuis les origines de notre histoire indépendante, contre un projet de " libre échange " qui mettra une fois de plus la "liberté de commerce", tellement brandie, aux pieds du capital transnational.

Un est déjà blasé de dire ces choses et ils le disent "marxiste" quand il les dira, ou "populiste" et rapidement le qualifieront de "terroriste", mais la question peut être ainsi expliquée : avec l’ALCA les affaires seront faites par les Etats-Unis, en annihilant avec le pouvoir de ses capitaux "trans" les balbutiements d’un marché latino-américain qui privilégie les affaires entre nos pays.

Avec le Mercosur, les meilleures affaires nous les ferons et les Etats-Unis ne resteront pas en "dehors" mais ils ne les géreront pas à leur guise.

Chaque pays qui traite avec les Etats-Unis (c’est un simple exemple, et, je crois, fort que j’offre) devra consulter la Communauté américaine : si cette affaire il peut le faire - dans des conditions égales ou meilleures - avec un pays du Mercosur il devra le faire avec celui-ci. Avec l’ALCA (sous le mensonge que personne n’ignore de la "liberté de commerce") ces affaires seront toujours faites avec le maître du Nord. Le requin et les petits poissons. Si les petits poissons ne sont pas unis le requin les dévore. Ceux qui plaident pour l’ALCA plaident pour l’hégémonie des Etats-Unis en Amérique latine : hégémonie commerciale, économico-financière et politique.

Qui plaide aujourd’hui pour l’ALCA ? La papeterie Botnia et la Banque Mondiale. Et ceux qui soutiennent le triomphe de Botnia à Fray Bentos. Si Botnia triomphe à Fray Bentos, le Mercosur se meurt et on impose l’ALCA. Là se situe le cœur du problème. Le reste c’est du verbiage. C’est ça qui sent le pourri à Fray Bentos. Ce qui est le moins dit. Il ne s’agit pas d’une lutte entre l’Argentine et l’Uruguay : il s’agit d’une lutte entre le futur du Mercosur ou sa défaite aux mains de l’ALCA.

Chaque pays devra choisir ce qu’il fait. Les aspects secondaires ne le sont pas : nous sommes des pays de la périphérie, du Tiers Monde (parce que même si le second monde, l’Union Soviétique, s’est évaporé, le tiers, nous, existe encore), cette condition nous transforme en décharge- poubelle. Personne ne doute que Botnia a d’autres lieux où elle pourrait s’installer. Personne ne doute que ce lieu existe, même, en Finlande même. Personne ne doute, non plus, que si elle vient à Fray Bentos c’est parce que, ici, dans la poubelle du monde, c’est là qu’elle veut déverser sa pestilence. Pour cela, elle apporte beaucoup d’argent et sait qu’un pays latino-américain a besoin toujours de l’argent et du travail pour ceux qui sont pauvres dont le nombre augmente.

Entre-temps, un autre danger (parallèle à celui qu’incarne Botnia) nous guette : Les Etats-Unis disent qu’une cellule du Hezbola « agit » à la triple Frontière. Messieurs les dirigeants de l’Amérique latine voilà le coût de l’affaiblissement. Ils continuent sans être unis, ils continuent à mettre en danger la consolidation du Mercosur et rapidement les Etats-Unis trouveront des guérillas sous nos lits, ou dans la salle de bain de nos maisons ou où ils le pensent. (Exercice de politique- fiction : pourquoi nous ne disons pas que nous avons détecté des cellules du Hezbolá dans un village d’Arizona et que nous devrons intervenir parce que, nous savons, qu’ils projettent une tentative dans notre pays, comme il y a déjà eu d’autres ?)

Le regard critique prend en compte le total des éléments. Personne ne comprend si l’ensemble n’est pas totalisé.

Le regard critique, celui qui met en rapport les éléments d’un conflit et les unit dans une synthèse globale et nous permet de les comprendre, ce qui signifie ici quelque chose définitif : entre l’usine à papier de Fray Bentos, qui annihile le Mercosur, et cette "soudaine" apparition (encore, seulement encore, non confirmée) de militants du Hezbolá à la triple Frontière, il y a une unité claire. Les deux faits font partie d’une même somme : si l’Amérique latine est affaiblie, les Etats-Unis peuvent faire pression plus facilement, avec leur actuelle politique d’agression, la lutte contre le terrorisme.

La Banque Mondiale de Monsieur Wolfowitz et les pouvoirs multinationaux qui le soutiennent savent ce qu’ils font. Ces pouvoirs confluent aux Etats-Unis, chef dans la lutte pour l’ALCA. Ces pouvoirs soutiendront Botnia jusqu’à la fin. La lutte seuls devraient l’entreprendre l’Argentine et l’Uruguay, unis avec, en outre, le soutien de toute l’Amérique latine. Cela devrait être le premier acte politique du Mercosur.

Son acte de naissance : non, pour le moment, à Botnia, des conditions strictes à son installation, un "Ensemble Latinoaméricain de Contrôle" et, si on prouve son effet polluant, qu’ils l’installent ailleurs. L’Uruguay devrait comprendre que, à long terme, cela lui importe plus de renforcer le Mercosur que recevoir les dollars de Botnia. Et l’Argentine, doit de façon urgente faire prendre part à ce débat à tous les pays de l’Amérique latine.

Ou ceci est résolu par une assemblée de pays latinoaméricains ou c’est Botnia qui gagne, la Banque Mondiale qui gagne, l’ALCA qui gagne et, bientôt, il y aura, même s’il elles n’existent pas, des cellules de Hezbolá à la "triple Frontière". C’est le prochain pas.

Traduction de l’espagnol pour El Correo de  : Estelle et Carlos Debiasi.

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