recherche

Accueil > Empire et Résistance > Israël > Que cherche Israël en Amérique Latine ?

19 août 2009

Que cherche Israël en Amérique Latine ?

par José Steinsleger *

 

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

La Jornada . Mexico, le 19 août 2009.

Le génocide palestinien à Gaza, l’arrivée au pouvoir d’un régime d’extrême-droite et le changement d’administration à Washington ont mis Israël dans de sérieuses difficultés. En Europe, les pertes à la suite des boycotts portuaires s’élèvent à 21% des exportations, et dans des pays arabes alliés des États-Unis, comme l’Égypte et la Jordanie, les obstacles au courant normal de ses investissements et de ses marchandises sont pus importants.

Ayant besoin de partenaires commerciaux, le gouvernement du premier Ministre Benjamin Netanyahu a décidé dans les derniers jours de juillet que l’imprésentable Avigdor Lieberman, ministre des Affaires étrangères, allait entreprendre une tournée dans quatre pays stratégiques de l’Amérique du Sud : Brésil, Argentine, Pérou et la Colombie.

Lieberman a été reçu par le président Lula, l’un des rares gouvernants du monde qui a appuyé Mahmud Ahmadinejad face aux plaintes de fraude lors des dernières élections iraniennes. Mohsen Shaterzadeh, ambassadeur de Téhéran à Brasilia, a profité de l’occasion pour avertir le visiteur que le Brésil se caractérise par "… une diplomatie forte et hautaine et qu’il n’est pas influençable par les idées d’un petit pays, raciste et qui n’est pas reconnu dans le monde entier" (Página 12, 22/7/09).

Valter Pomar, secrétaire des Relations extérieures du Parti des Travailleurs (PT), a qualifié Lieberman de « raciste et fasciste ». En revanche, le présidentiable de droite José Serra, gouverneur de Sao Paulo, l’a chaleureusement accueilli par un banquet qui a eu lieu dans la puissante Fédération des Industries de l’état brésilien. Enfin, les affaires sont les affaires : Le Brésil, qui depuis six ans a augmenté de 50 % son budget militaire, a acheté à Israël huit drones « pour surveiller ses frontières ». Cependant, plusieurs organisations de droits de l’homme à Río de Janeiro demandaient aux autorités d’arrêter d’utiliser le Caveirao, le véhicule blindé meurtrier qui dans les territoires occupés tue sans discrimination les palestiniens, et dans les rues de Rio de Janeiro intimide les manifestations politiques.

En Argentine, où le poids électoral du sionisme et la force de l’American Jewish Committee ont obtenu que le gouvernement détourne à nouveau le cours des investigations destinées à éclaircir les attentats perpetrés contre l’ambassade d’Israël et la mutuelle juive AMIA (en 1992 et 1994), Lieberman a été reçu par le ministre des Relations Extérieures Jorge Taiana, et le gouverneur de la province de Buenos Aires, Daniel Scioli ; le chef de la Ville Autonome de Buenos Aires, Mauricio Macri, et l’Union Industrielle l’Argentine.

L’échange argentino-israélien se trouve en quatrième position après le Brésil, la Colombie et le Mexique. Cependant (et en dépit de l’opinion de milliers de Juifs antisionistes qui ont rejeté la présence du fonctionnaire israélien), Tel Aviv dispose de puissants alliés parmi la haute et moyenne bourgeoisie argentine, à qui il faut ajouter la nouvelle Association des Amis des Soldats d’Israël, fantasmagorique sceau politique qui vient de se constituer avec la présence à Buenos Aires du général à la retraite Yitzhak Gershon.

Au Pérou, Lieberman a commencé à se relâcher. Une semaine avant il avait rencontré l’ex-président péruvien Alejandro Toledo, qui a déclaré à Jérusalem ce qu’un homme politique correct doit déclarer : que les relations entre l’Iran et le Venezuela, et des gouvernements comme celui de la Bolivie, le Venezuela et le Nicaragua représentent « une menace » pour l’Amérique Latine.

L’amitié de Toledo avec Shimon Peres, président d’Israël, a permis le blanchiment de scandales financiers avec les bons de la dette extérieure péruvienne pendant le premier gouvernement d’Alan García (1985-90). De même qu’après, progressivement, on a étouffé la contrebande d’armes menée par Vladimiro Montesinos (ex chef de sécurité de l’ex-président Alberto Fujimori, 1990-2000, actuellement en prison) et ses associés israéliens Illan Weil, Roni Lerner et Moshe Rotschild.

Les banques principales dans lesquelles Montesinos déposait son argent étaient le Fibi Bank et la Leumi Bank, l’une des sociétés financières les plus puissantes d’Israël, avec autant d’agences que Banco de Crédito del Perú Mais après, conseillé par ses propres « gourous » (le magnat péruvien Yosef Maiman, l’entrepreneur israélien Adam Pollak et le spéculateur hongrois George Soros), Toledo a organisé la ridicule et fameuse Marche des « cuatro suyos » contre les prétentions ré- électoralistes de Fujimori (juillet 2000).

Tout est resté en famille. Le général Walter Ledesma (ministre de la Défense de Fujimori) avait l’habitude de dire que les militaires israéliens « … sont plus dévoués à l’efficacité qu’au salut militaire et aux décorations et défilés ». En prenant son mandat, Toledo a annoncé la restructuration des forces armées, en nommant au portefeuille le parlementaire David Weisman, tandis que Jacques Rodrich, député de son mouvement Pérou Possible, prêtait serment durant sa prise en charge du poste en hébreu (juillet 2001). Invité d’honneur : Shimon Peres.

Lieberman a eu le sourire hypocrite du président Alan García (l’homme condamné pour génocide d’indigènes et de détenus politiques), celui du chancelier servile José A. García Belaúnde et celui du président du Congrès Luis Alva Castro. La municipalité de Lima l’a gratifié d’« hôte illustre".

Que cherche Israël en Amérique Latine ?

Le ministre des Affaires étrangères d’Israël, Avigdor Lieberman, a connu à Bogotá le point d’orgue de sa tournée de 10 jours de quatre pays d’Amérique du Sud. La première du genre en plus de vingt. Avant, Israël envoyait seulement des mercenaires, des trafiquants d’armes et des experts en « en sécurité ». Maintenant il cherche des marchés.

Dans des conférences de presse ses, Lieberman a assuré que son pays n’avait pas d’aucune intention d’interférer aux problèmes de l’Amérique du Sud. Mais à la Brasilia, au Buenos Aires et à Lima il a remarqué sur le "danger" que représentent les gouvernements de la Venezuela, de la Bolivie et du Nicaragua, en détachant la nécessité "d’un papier israélien plus actif dans la région".

La rencontre avec Álvaro Uribe, président de la Colombie, a été précédée d’un malicieux bombardement médiatique : le supposé appui financier des FARC pendant la campagne présidentielle de l’équatorien Rafael Correa, la découverte d’un arsenal de missiles suédois que le Venezuela aurait remis au groupe de guérilleros colombiens, et le gel des relations diplomatiques entre Bogotá et Caracas.

Et avant cela, la visite en Israël du vice-président Francisco Santos (qui a eu lieu « par hasard » peu de jours après celle de l’ex-président du Pérou, Alejandro Toledo), et la destruction en février « d’un réseau de trafic de stupéfiants et de blanchiment d’argent » suspecté d’envoyer des fonds au parti Hezbollah du Liban.

Santos a rencontré le président Shimon Peres et ses ministres, et a déclaré que les relations politiques, technologiques, commerciales et militaires d’Israël et de la Colombie sont dans « une constante évolution ». « Malgré qu’ils soient séparés par 10.000 kilomètres de distance - a-t-il déclaré - ils ont comme ennemi commun le terrorisme et c’est pourquoi, en plus des denrées alimentaires, ils partagent des renseignements."

Après le Brésil, Israël est le principal associé commercial de la Colombie au Moyen-Orient. Les exportations s’élèvent à 445 millions de dollars par an. La Colombie vend du charbon et un faible pourcentage de produits agricoles et textiles, et les importations depuis Israël (télécommunications, des systèmes agricoles, des produits chimiques et technologie de santé) s’élèvent à 165 millions.

Comme on l’a dit, la visite de Lieberman avait pour finalité de garantir les accords économiques, celui de protection des investissements en particulier, et l’appui au traité du libre-échange que Bogotá n’a pas obtenu jusqu’à aujourd’hui avec les États-Unis. Cependant, l’objectif numéro un et exclusif de son agenda semblait répondre aux priorités de sa politique extérieure : Attention avec l’Iran ! Et en même temps, le business de la mort.

En faisant le sale travail des États-Unis dans la région, les entreprises israéliennes de la terreur sont arrivées en Colombie d’une manière silencieuse et effective (voir "Caractéristique d’un entrepreneur occidental", La Jornada, 6/2/08). Ensuite , Aministía Internacional a dénoncé qu’en 1997 la compagnie colombienne Defense System Colombia (DSC, une filiale de la britannique DS Ltd) achetait à travers l’entreprise de sécurité israélienne Silver Shadow du matériel militaire pour la 14 ème brigade de l’armée, avec un « … un historique atroce de violations des droits de l’homme ».

En 2008, la visite en Israël de Juan Manuel Santos (ex-ministre de la Défense et cousin du précédent) a représenté un saut de qualité dans les plans guerriers d’Uribe. La Colombie a acheté à Israël 24 avions chasseur-bombardiers F-21 Lion (ou Kfir, en hébreu : « lionceau », une copie améliorée du Mirage français, avec des moteurs de l’étasunien Général Electric) et Santos, a embauché le général à la retraite, Israel Ziv, membre du Counter Terrorism International et de la Task Force on Future Terrorism (voir « Israël en Colombie", La Jornada, 6/2/08, 12/3/08 et 19/3/08).

Il y a un mois, à Carthage, l’un des Kfir est sorti de la piste et a pris feu. La force aérienne est restée bouche bée, car le pilote était israélien. Moshe Cytter, représentant à Bogotá de la firme Israël Aerospace Industries Ltd et Israël Aircraft Industries (IAI, inscrit dans la Chambre de Commerce), a attribué l’accident à « des facteurs humains », et non à la technologie que le gouvernement d’Israël lui-même n’utilise plus parce qu’ obsolète.

Selon le journaliste Nelson Fredy Padilla (El Espectador), Cytter et l’IAI n’auraient rempli aucune des conditions requises exigées, bien qu’ils aient été recommandés avec certification par le consul de la Colombie à Tel Aviv.

Dans la tournée, Avigdor Lieberman a été accompagné de l’ imaginative madame Doris Shavit, directrice générale pour l’Amérique Latine et les Caraïbes du ministère des Affaires étrangères. Dans un entretien avec El Tiempo, Shavit a assuré que l’argent récolté par les mosquées colombiennes était utilisé dans « le financement d’organisations terroristes du Moyen-Orient » (voir « Israël et la paranoïa antiiran », La Jornada, 12/8/09)

En s’adaptant à l’"esprit" Obama, l’ambassadeur de Washington en Colombie lui même, William Brownfield, a douté du mensonge. En janvier dernier, Brownfield a visité la mosquée d’Omar Ibn al Khattab de Maicao, dans la Guajira colombienne. Les fidèles l’ont couvert d’ éloges et de compliments.

Traduction de l’espagnol pour El Correo de  : Estelle et Carlos Debiasi.

Retour en haut de la page

El Correo

|

Patte blanche

|

Plan du site

| |

création réalisation : visual-id