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22 décembre 2005

Pour les pays du Sud restent, seulement alors, les commerces interdits

 

Si le marché de la drogue est tellement significatif pour le Sud, c’est parce que leurs produits agricoles ne peuvent pas concurrencer les produits subventionnés du Nord. Ils ne leur restent que la drogue, parce qu’elle est interdite.

Par Antonio Caballero
Semana
. Colombie, le 20 décembre 2005.

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Quand cette note sera publiée, le cirque de Hong-kong aura déjà pris fin. Ou, plus précisément, la ronde à Hong-Kong du grand cirque des tigres et des clowns de l’Organisation Mondiale du Commerce, qui fait suite à celle de Cancún en 2003 et de celle de Doha en 2001. Six mille délégués de 149 pays, trois cent ministres protégés par neuf mille policiers, de dix mille manifestants altermondialistes qui ont traversé Hong-Kong avec cris et pancartes pour terminer en se jetant (quelques-uns) dans les eaux pourris du port pour atteindre à la nage le siège de la réunion. La police qui les a pêchés en chemin, ne les a pas laissé faire.

A l’heure où j’écris cette note on ne connaît pas encore les conclusions - s’il y en a - de la réunion multitpartite de Hong-Kong, mais on y a parlé de tout. Du protectionnisme agricole, de la propriété intellectuelle des produits pharmaceutiques, des barrières non tarifaires, des subventions, des quotes-parts. On a touché des sujets en apparence écrasants pour le monde entier, comme celui du déficit commercial gigantesque des Etats-Unis ; presque soixante-dix milliards de dollars pour le seul mois d’octobre ; et des sujets en apparence insignifiants, comme l’insistance des paysans de la Bulgarie à réclamer la protection de l’utilisation du mot "yogourt" dans les produits des multinationales du secteur lacté. On a traité toutes les affaires relatives au déséquilibre du commerce entre les pays riches du Nord et les pays pauvres du Sud : déséquilibre qui contribue maintenir et renforcer cette différence entre riches et pauvres.

Toutes les affaires ou presque toutes. Parce que je n’ai vu personne que, ni riche ni pauvre, n’ait mentionné à Hong-Kong (ni à Cancún, ni à Doha) les deux rubriques plus importantes du commerce entre le Nord et le Sud : celui des armes au marché noir que le Nord vend au Sud, et celui des drogues (illicites) que le Sud vend au Nord.

Ce sont les rubriques les plus importantes à plusieurs raisons. Au moins trois.

La plus immédiate est purement chrématistique : l’argent que déplace le commerce des armes et celui que déplace celui des drogues doivent être comparables, en volume, à celui du pétrole. Et encore dans les armes je n’inclus pas dedans les grandes machines : cuirassés et chasseurs-bombardiers ; mais seulement les armes légères comme les pistolets ou fusil d’assaut, qui sont celles qui sont vraiment utilisées dans les guerres quotidiennes de la vie réelle. Et encore dans les drogues interdites je n’inclus pas celle de "transformation" que fabriquent les laboratoires européens, ni la marijuana, dont la culture et la commercialisation sont depuis déjà des nombreuses années monopole des fermiers des Etats-Unis (qu’ils reçoivent peut-être pour elles des subventions à l’exportation).

Le second aspect est celui des effets politiques, socio-économiques et même moraux qu’ont ces deux trafics : violence et corruption. Parce que, malgré ce que disent les « lettrés », un kilo de plomb ne pèse pas la même chose qu’un kilo de plume. Ce n’est pas la même chose une balle de coton qu’une de cocaïne, ni un container rempli de munitions qu’un rempli de chaussures. Le commerce d’armes et le commerce de drogues ont un sous-produit, qui est la guerre.

Et voila le troisième aspect, qui se soit dit en passant illustre l’essence de la liberté de commerce. Si le marché de la drogue pour les pays du Sud est tellement significatif (la coca pour les andins, l’opium pour les asiatiques) c’est parce que sur les autres marchés agricoles ils ne peuvent pas concurrencer les producteurs et les exportateurs subventionnés des pays du Nord. Il ne le reste que celui de la drogue, précisément parce que c’est interdit. Et avec cela, la conséquence est que son exploitation reste inévitablement entre les mains d’organisations illégales, parce que pour exploiter un marché interdit et illégal, on a besoin d’armes. Le marché de la drogue et celui des armes vont de pair inévitablement.

Ce n’est pas un hasard si toutes les organisations violentes qui existent dans la planète, sont simplement liées à la délinquance ou prétendument politiques, sont des maffias ou guérillas ou contre-guérillas, sont impliquées dans le trafic de drogues. Les guérillas colombiennes. Les paramilitaires colombiens. Les maffias colombiennes. Et ainsi, par tout dans le monde. Il y a vingt ans, la CIA américaine finançait avec la drogue ses livraisons d’armes, interdites par le Congrès, à la "contra" du Nicaragua.

Muhamad le Baradei, qui vient de recevoir le Prix Nobel de La Paix au nom de l’Organisation de l’ONU pour le contrôle des armes atomiques, a dit dans son discours de remerciement que dans les guerres civiles du Sud de ces dernières dix années il y a eu rien de moins que treize millions de personnes mortes. Et ces guerres sont financées avec la drogue produite par le Sud, qui sert à payer les armes que vend le Nord.

Mais de ces deux trafics, on n’a pas parlé lors de la conférence de commerce de Hong-Kong. Parce qu’ils sont interdits. Qui interdit ? Les riches du Nord.

Traduction pour El Correo de l’espagnol Estelle et Carlos Debiasi

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