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31 décembre 2010

Mexique, la guerre oubliée de 2010

par Ian Wikarski

 

Pour moi, l’événement marquant en Amérique latine en 2010 n’aura pas été le sauvetage des mineurs au Chili, mais plutôt l’escalade de la violence au Mexique et un désintéressement des médias de la communauté internationale à reporter les crimes commis. Cette année, les nouvelles provenant du Mexique ont été tout simplement censurées ou non reportées.

En effet, en 2010, il y aura eu officiellement deux ex-gouverneurs d’État, 11 maires de villes, 14 journalistes et environ 12 500 civils tués par les narcotrafiquants. Sans compter les milliers de disparus (plus de 2000), dont plus d’une trentaine de touristes kidnappés dans les stations balnéaires comme Acapulco et Cancun (surtout des touristes mexicains).

Depuis l’arrivée au pouvoir de Felipe Calderon en décembre 2006, il y a eu plus de 32 000 morts déclarées qui sont directement reliées au trafic de la drogue, soit plus de morts que la guerre en Afghanistan seulement cette année. À ce rythme, on pourrait atteindre en neuf ans la même quantité de morts qu’en Irak.

Ces données sont une sous-représentation des faits réels, lorsqu’on sait que les journalistes sont intimidés par le gouvernement (pour conserver le tourisme), apeurés ou simplement tués par les cartels lorsqu’ils rapportent les crimes avec trop de détails. Dans une manifestation en novembre 2010, les journalistes ont affirmé que les médias publiaient seulement entre 0 et 5% de la réalité des crimes au Mexique. A vous de faire le calcul pour figurer le vrai nombre de morts cette année dans le pays.

À l’origine, les cartels du Mexique trafiquaient de la drogue surtout vers les États-Unis. En 2010, on voit maintenant les cartels trafiquer des humains (femmes, enfants et immigrés d’Amérique du Sud), des armes de haut calibre, de l’alcool à rabais. Les cartels intimident et contrôlent les médias (dont des journaux et certaines chaînes de télévision), ils contrôlent certaines autoroutes et extorquent les petits commerçants. Plus de 80% des commerces à Torréon sont maintenant fermés en raison des cartels qui demandent des paiements trop élevés aux petits commerçants.

En 2010, on aura vu les méthodes d’intimidation des cartels atteindre des niveaux jamais vus. A chaque semaine, des hommes pendus à des ponts à Acapulco, des têtes coupées et retrouvées dans les lieux publics, des hommes battus à morts, puis exécutés en ayant la tête coupée en direct sur Youtube. Des hommes coupés à la tronçonneuse retrouvés sur les bords d’autoroutes. Des dizaines de fosses de cadavres contenant de 5 à 72 morts. Malgré tous ces crimes, presque aucune nouvelle sur le Mexique.

Je vis dans une petite ville isolée dans le milieu du désert où les autoroutes sont maintenant contrôlées par les Zetas (cartels) et où les soirées ressemblent à une zone de guerre. Attaques aux grenades, coups de feu, vols, viols, intimidation, commerces en flammes, etc. Dès la noirceur, il faut se cacher. A presque tous les soirs, nous entendons des détonations. A chaque soir, lorsque j’entends ces bruits, j’ai encore l’espoir de voir un feu d’artifice... La réalité est tout autre... Le Mexique est en guerre. Une guerre non déclarée, non couverte par les médias, une guerre oubliée par la communauté internationale.

Ian Wikarski, d’origine québécoise, l’auteur enseigne les sciences au secondaire depuis août 2009 à Torréon, petite ville située dans le nord du Mexique à environ 700km de la frontière étasunienne.

Cyberpresse . Canada, le 30 décembre 2010.

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