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7 décembre 2002

Le pétrole, nerf de la guerre contre Chavez.

 

Pour Chavez, les grévistes « sont les mêmes que ceux qui sont responsables du coup d’Etat du 11 avril, ils ont un plan pour en finir avec le gouvernement légitime par n’importe quel moyen ».

Par Jean-Hebert ARMENGAUD

Pour la quatrième fois en un an, le très contesté président vénézuélien, le populiste de gauche Hugo Chavez, affronte une grève générale politique, destinée à obtenir sa démission. La confrontation entre les grévistes et le gouvernement autour de la puissante industrie pétrolière (lire encadré) menace de plonger le pays, quatrième exportateur mondial, dans une nouvelle crise, neuf mois après la tentative de coup d’Etat qui avait écarté Chavez du pouvoir durant quarante-huit heures. A l’époque, c’est déjà un bras de fer autour de l’entreprise pétrolière publique PDVSA (Petroleos de Venezuela) qui avait indirectement conduit au putsch, quand Chavez avait voulu imposer ses hommes à la direction du holding. Une grève du secteur, qui s’était généralisée, puis de violentes manifestations, qui avaient fait 16 morts à Caracas, avaient conduit au coup d’Etat. Aujourd’hui encore, Hugo Chavez traite ses opposants de « putschistes » : les grévistes « sont les mêmes que ceux qui sont responsables du coup d’Etat du 11 avril, ils ont un plan pour en finir avec le gouvernement légitime par n’importe quel moyen ». Les organisateurs, autour de la coalition d’opposition Coordinadora Democratica, de la fédération patronale Fedecamaras et de la principale centrale syndicale du pays, la Confédération des travailleurs vénézuéliens, s’en défendent et assurent ne vouloir qu’une sortie pacifique, dans les urnes, de la crise politique qui secoue le pays.
Rente pétrolière. En matière de putsch, Hugo Chavez sait de quoi il parle. L’ex-lieutenant-colonel des parachutistes est lui-même l’auteur du coup d’Etat manqué du 4 février 1992 contre le président Carlos Andrés Perez. Il surfe alors sur la vague de mécontentement social, les inégalités, le fossé croissant entre les classes populaires et les partis politiques traditionnels, la corruption galopante - trois ans plus tôt, des émeutes avaient fait au moins 300 morts à Caracas. Le soir du 4 février, avant sa reddition, Chavez prévient dans un message télévisé : « D’autres occasions se présenteront. » Il fera deux ans de prison, avant de se lancer dans la politique par des voies moins radicales. Il est élu à une large majorité (56 %) en 1998, puis réélu (60 %) deux ans plus tard après avoir fait adopter sa nouvelle Constitution « bolivarienne », référence au libertador. Sur les ruines de l’ancien système, dominé depuis quarante ans par les deux partis traditionnels - les sociaux-démocrates et les démocrates-chrétiens -, le parachutiste, au faîte de sa popularité, promet de partager enfin la rente pétrolière et d’en finir avec les inégalités.
« Un despote de plus ». Très vite, son style, d’inspiration messianique et nationaliste, proche du caudillisme, dérange. Brandissant sa Constitution à tout bout de discours, il cite en vrac Jésus-Christ, Mao, Bolivar, Fidel Castro, source d’admiration. Il compare les frappes américaines en Afghanistan à l’attentat contre le World Trade Center, envoie une lettre de soutien au terroriste « Carlos » - le Vénézuélien Illich Ramirez Sanchez, emprisonné en France. Ne supportant pas la moindre critique contre sa « révolution », il se met à dos nombre de ses alliés de la première heure, puis, tour à tour, de nombreux secteurs de la société, les syndicats, l’Eglise - une « tumeur » - les médias - « terroristes ». Chez Hugo Chavez, l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez a vu deux hommes opposés : « A l’un, une chance s’offrait de sauver son pays. L’autre était, en revanche, un illusionniste qui pourrait passer à l’histoire comme un despote de plus. »
Visionnaire ou caudillo potentiel ? Quoi qu’il en soit, Hugo Chavez est surtout parvenu à diviser profondément son pays, où l’impasse semble totale. S’il a perdu l’appui des classes moyennes, le Président garde ses soutiens dans une bonne partie des classes populaires, et les manifestations qu’il convoque dans les rues de Caracas ne mobilisent pas moins de gens que celles, à répétition, de l’opposition. « Chavistes » et « antichavistes » tentent, malgré la crise, d’ébaucher un dialogue par l’intermédiaire du Colombien César Gaviria, secrétaire général de l’OEA (Organisation des Etats américains). Une négociation qui n’a rien donné ces dernières semaines. L’opposition, après avoir réuni plus d’1,5 million de signatures (sur 24 millions d’habitants) contre Chavez, continue à réclamer un référendum sur son départ dès le début de l’année. Le régime ne serait prêt à l’accepter qu’en août 2003, à mi-mandat. Et, dans les rues, la tension continue de croître. Le Venezuela est un des pays du monde où les habitants possèdent le plus d’armes à feu. L’armée est divisée. Et Hugo Chavez a prévenu : « La révolution est armée. ».

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