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31 octobre 2018

La stratégie perverse du FMI en Argentine

 

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Les scénarios pessimistes du mois de juin de Christine Lagarde, directeur général du FMI, ont été dépassés par la réalité. Cette fois ils annoncent un probable collapse.

Jusqu’à présent la principale raison pour laquelle le gouvernement de Mauricio Macri n’est pas tombé, et est entrain d’éviter d’entrer formellement en défaut de paiement est l’aide du FMI. Pourquoi le Fonds prête-t-il de l’argent ? Pour deux raisons qui se confortent entre elles : d’un côté, parce qu’il croit qu’avec le panorama actuel le gouvernement de Macri est le meilleur allié qu’il peut avoir dans le pays, et alors il se doit de le soigner, à quoi s’ajoute la deuxième raison, qui est que si celui-ci n’était pas là, l’Argentine pourrait retourner sur le sentier du « populisme ».

Mais il y a d’autres explications pour comprendre ce qui se passe réellement.

Désormais tout l’argent que l’organisme prête pourra être utilisé seulement pour le remboursement de la dette. Pas un seul dollar ne pourra servir à défendre la valeur de la devise, ni éviter de nouvelles explosions de taux d’échanges. C’est-à-dire les sommes ne serviront ni à stabiliser l’économie, ni à empêcher de nouvelles dévaluations ou non plus de nouvelles coupes dans les dépenses. Le bien-être n’est pas un souci pour le FMI. De plus, l’argent ne sera plus « préventif » mais d’un usage effectif, en donnant comme établi ce qui doit être utilisé.

Entre novembre 2018 et décembre 2019 près de 83 milliards de dollars de dette vont arriver à échéance, quand le Fonds prêtera seulement 36 milliards (13 milliards en 2018 et les autres 23 milliards en 2019). Avec lesquels, on pourrait seulement couvrir moins de la moitié de cette dette. Pour l’autre partie on s’attend à ce que le gouvernement puisse la refinancer sur la place financière locale. Dans le futur, c’est-à-dire pour le prochain gouvernement qui prendra ses fonctions fin 2019, il y aura une montagne d’échéances impayables qui laissent entrevoir que le défaut de paiement est inévitable.

La stratégie du Fonds vise ainsi encore deux autres objectifs moins d’explicites. L’un est de donner plus du temps à la sortie des capitaux qui n’ont pas encore fui le pays. C’est quelque chose de typique du FMI : ses interventions visent à provoquer les procédés qui s’appellent d’« atterrissages lents », qui basiquement reviennent à « ordonner les débandades », qui s’opposent aux explosions ou des éboulements brusques. La crise argentine s’est développée d’une manière intempestive et très rapide, ce qui a évité que beaucoup de capitaux puissent être suffisamment protégés, absorbant des pertes importantes avec les dévaluations successives qui ont existé cette année. De plus, cela inclut les pays voisins : maintenant une chute de l’Argentine n’entraînera pas les partenaires de la région parce qu’ils disposent du temps pour décrocher.

Enfin, un autre objectif est encore plus drastique : échanger la dite « dette toxique » par « une dette propre ». La dette qui arrive à terme est une dette exposée virtuellement à un défaut de paiement. Avec l’argent du Fond cette dette sera lentement échangée de dette contractée sur les marchés ouverts (sous la forme de titres et de bons) en dette contractée au FMI. Avec cela, au lieu de devoir, par exemple, de l’argent en produits aux mains d’un investisseur, le pays devra cet argent au FMI, organisme qu’il est pratiquement impossible de cesser de payer, parce que cela signifierait rompre avec les grandes puissances. C’est-à-dire, cet « échange » permettra que le pays reste ainsi prisonnier des politiques du FMI afin de le soumettre dans la misère et dans le néolibéralisme au-delà d’un triomphe électoral du populisme. Comme cela s’est passé en Grèce. Comme on cherche à ce que cela nous arrive. Voila la stratégie de fond.

Julián Zícari* para Página12

* Julián Zícari. Economiste. Docteur en Sciences Sociales.

Página12. Buenos Aires, le 31 octobre 2018

Titre original : « La stratégie du FMI »

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diaspora. Paris, le 31 octobre 2018

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