recherche

Accueil > Notre Amérique > Réflexions > La nouvelle stratégie des Etats-Unis menace l’Amérique Latine - Raúl (...)

19 mai 2012

La nouvelle stratégie des Etats-Unis menace l’Amérique Latine - Raúl Zibechi

par Raúl Zibechi *

 

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

Le gouvernement des États-Unis (EU) a lancé en avril une contre-offensive puissante pour récupérer le terrain perdu dans une région qui continue d’être vitale pour sa domination globale. Personne de sain d’esprit ne pouvait imaginer que l’empire laisserait dissoudre son influence sur l’Amérique Latine sans jouer toutes ses cartes. Sur la nouvelle scène mondiale, réglée par la crise économique et financière, et alors que le Pentagone a besoin de se retourner vers le Pacifique, sa présence sur ce continent ne peut se contenter d’un rôle seulement militaire.

Le général Martin Dempsey, chef d’état-major adjoint, a débattu le premier mai sur la nouvelle Stratégie de Défense lors du Carnegie Endowment for International Peace, en remarquant qu’il ne s’agit pas seulement de « rééquilibrer » les forces armées vers la région Asie - Pacifique, comme l’a souligné Barack Obama en janvier. Il a défini la nécessité de « construire un réseau d’alliances autour du globe » pour nécessaire pour « résoudre les défis pendants, tels que les questions relatives au transfert de technologie, à l’échange d’intelligence et de ventes militaires à l’étranger » (Carnegieendowment.org).

En avril le secrétaire à la Défense, León Panetta, a réalisé une tournée sudaméricaine qui l’a amené en Colombie, son principal allié militaire, ensuite au Brésil et finalement au Chili, où l’on vient d’inaugurer la base militaire de Concón. « L’objectif de ce voyage est de participer à des consultations avec plusieurs de nos associés dans cette partie du monde et d’essayer de promouvoir des alliances innovatrices de sécurité dans la région » (http://spanish.chile.usembassy.gov).

Dans la province de Valparaiso, la base de Concón fait une partie de cette politique « d’innovation ». Elle a été construite en 60 jours par le Commando Sud et la marine chilienne comme camp d’ entraînements pour la guerre urbaine, les soi-disant Opérations militaires dans les Territoires Urbains (MOUT) habillés en missions « humanitaires » et préventives. En septembre 2011 le ministre de la Défense chilien, Andrés Allamand, avait signé un accord de coopération qui permet « le déploiement de troupes US sur le sol chilien, face à l’éventualité où l’armée nationale se trouve dépassée dans une situation d’urgence » (El Ciudadano, 3/5/12).

Mais le sommet de la mini tournée de Panetta a été atteint au Brésil, le jour suivant de l’entretien avec le ministre de la Défense, Celso Amorim, lors duquel il a offert un vaste transfert de technologie s’il optait pour l’achat de chasseur F-18 Super Hornet de Boeing, au lieu du Rafale de la française Dassault. Le 25 avril Panetta a donné une conférence à l’École supérieure de Guerre, à Río de Janeiro, dans laquelle il a détaillé sa proposition d’une vaste coopération stratégique entre les USA et le Brésil.

Il s’est adressé aux élites militaires, patronales et politiques du Brésil, pas au grand public. Il a commencé par dire que les deux pays « se trouvent à un point critique de l’histoire commune » (Defesanet, 25/4/12). « C’est le moment de nous soutenir dans la naissance d’un nouvel accord, simultanément fort et innovateur, basé sur les intérêts mutuels des deux pays, comme puissances occidentales ». Il a insinué que le Brésil pourrait arriver à occuper le siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU désiré, mais ce ne fut pas clair.

Il a appelé à établir un nouveau dialogue pour « transformer la relation Brésil-Etats-Unis dans le domaine de la défense », en impliquant la nation émergente dans les questions militaires internationales et a assuré que les relations bilatérales sont à leur meilleur depuis 1945.

Dans un paragraphe crucial, il a abordé l’aspect le plus épineux de la relation bilatérale : « Le Brésil est une puissance économique et la coopération dans la haute technologie a besoin de circuler dans les deux sens, elle semble limitée par les contrôles existants à l’exportation actuellement. En répondant à cela, nous prenons la décision de dispenser 4 mille licences d’exportation pour le Brésil, un niveau semblable à celui que nous avons avec nos meilleures Alliés mondiaux ».

Panetta a ajouté que l’achat des 36 chasseurs F-18 peut « transformer radicalement la relation entre les deux industries de défense » et il a conclu en assurant que « Amorim est attendu à Washington bientôt pour continuer le dialogue ».

Comment doit être interprété ce discours ? Sans aucun doute, se produit-il à un moment clef et délicat. Le triomphe de François Hollande est analysé au Brésil comme l’occasion de promouvoir l’alliance avec la France, tandis que la présence de la Chine dans la région n’arrête pas de grandir. Amorim a assuré il ya quelques mois que la décision de l’achat des chasseurs sera prise avant la moitié de l’année, mais logiquement après les élections françaises. C’est le moment. Cependant, l’empire n’a pas l’habitude de faire un vaste transfert de technologie pour l’achat de trois douzaines d’avions. L’objectif semble plus ambitieux : le Pentagone propose son offre « généreuse » technologique et diplomatique (le siège dans le Conseil de Sécurité) en échange d’une soumission militaire et stratégique. De mon point de vue, c’est du chantage.

Les dépêches révélées par Wikileaks signalent qu’en 2009 les Etats-Unis ont cherché à saboter le transfert de technologie spatial et nucléaire de l’Ukraine vers le Brésil (Defesanet, 13/5/12), deux aspects décisifs pour l’autonomie stratégique du pays émergent. Mais le Brésil développe déjà sa technologie spatiale avec la Chine et a son propre et déjà avancé programme nucléaire. Le message est clair : si Brasilia ne se subordonne pas, le cercle militaire sera de plus en plus étroit, comme la nouvelle base militaire au Chili le démontre.

Il n’est pas simple d’anticiper le chemin que les élites brésiliennes prendront. Pour beaucoup moins, Getulio Vargas a été traqué jusqu’à être poussé au suicide. Les semaines à venir vont dévoiler une grande partie de l’énigme : la décision retardée de l’achat des chasseurs montrera l’état d’âme régnant dans le pays qui se propose d’unir la région pour parler de sa propre voix dans le monde.

La Jornada. Mexique, le 18 Mai 2012.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par  : Estelle et Carlos Debiasi.

Contrat Creative Commons


Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported.

El Correo. Paris, 19 mai 2012.

Retour en haut de la page

El Correo

|

Patte blanche

|

Plan du site

| |

création réalisation : visual-id