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24 novembre 2002

La liberté retrouvée avec la fin du Corralito.

par Estelle Leroy-Debiasi *

 

Un an après son instauration, le Corralito va être supprimé. Les argentins vont retrouver un accès libre à leur compte bancaire à vue. Une première étape vers un retour à une vie économique normale.

Un an quasiment jour pour jour, les argentins retrouvent la liberté d’utiliser leur argent comme bon leur semble. Ou presque. A partir du 2 décembre prochain, si tout se passe comme prévu, quelque 23.739 millions de pesos ( environ 6,7 millions d’euros) provenant des comptes à vue, jusque là immobilisés, pourront être utilisés par leurs propriétaires. Ainsi, Roberto Lavagna, ministre de l’économie a annoncé, il y a quelques jours, la fin du Corralito, toutefois le Corralon, c’est-à-dire l’argent placé en dépôts à terme à rémunération fixe -reprogrammés- reste pour le moment immobilisé, ce qui représente quelque 17 300 millions de pesos (envrion 4,9 millions d’euros).
Si la levée du Corralito - mis en place par Domingo Cavallo- satisfait une des demandes du fonds monétaire international , elle satisfait surtout les argentins qui, depuis des mois, ont dû vivre avec de l’argent distribué au compte- gouttes. Devant se livrer parfois à de véritables acrobaties pour être en mesure de payer des dépenses importantes, comme, par exemple, les frais de santé.

Certes, au fil des dernières semaines, le strict régime du Corralito, très handicapant pour la vie quotidienne et le bon fonctionnement de l’économie a été assoupli. Ainsi de 250 pesos qu’ils pouvaient retirer des banques par semaine, les argentins ont pu sortir 1500 pesos par mois, puis la totalité de leur salaire, alors que les professions indépendantes voyaient le plafond de leur retrait fixé à 300 pesos par semaine.
En ouvrant le Corralito, quels sont risques pris par Roberto Lavagna ? A l’entendre ceux -ci sont relativement limités. En effet, le principal risque serait que les argentins retirent des banques leur argent placé sur ces comptes à vue et se ruent dans les bureaux de change pour transformer leurs pesos en dollars. Mais Roberto Lavagna -qui d’ailleurs a annoncé cette mesure en prenant quasiment de cours le reste du gouvernement et le patron de la Banque Centrale Aldo Pignanelli, avec qui il n’a jamais été en très bon terme- s’appuie sur un strict contrôle des changes. Ce qui est la condition nécessaire pour que les choses se passent bien.

Sur les 23739 millions de pesos concernés, 9351 millions proviennent de placements à taux fixe qui ont été agrégés dans le corralito. La majeure partie de cet argent fut placée par des compagnies étrangères, qui -ne pouvant plus avoir accès aux marchés des changes- avaient choisi cette solution. Mais en ouvrant les portes du Corralito, Lavagna a mis en place de vraies barrières de changes. Aucun particulier ou entreprise ne pourra acheter plus de 100 000 dollars par mois. Et pour sortir cet argent hors des frontières, un accord de la Banque Centrale sera nécessaire.
Roberto Lavagna a d’ailleurs déclaré à Pagina 12 que les conditions de stabilité étaient très claires. « La meilleure preuve que le contrôle des changes n’est pas insupportable, c’est qu’il n’y a pas de marché parallèle du dollar » a t-il souligné, ajoutant que « l’ouverture du Corralito est désormais possible parce que les risques d’hyperinflation sont éloignés ». De plus, ce qui a fini par convaincre le ministre de l’économie de prendre cette décision, c’est le peu d’impact qu’a eu l’annonce du non paiement par l’Argentine de sa dette à la Banque Mondiale sur le cours des changes et notamment du dollar.
Aux banques maintenant de jouer le jeu : celles-ci évidemment estiment qu’il leur faut plusieurs jours pour s’organiser et être en mesure de répondre aux demandes de retrait de leurs clients. On peut espérer que ces liquidités viendront alimenter un peu l’économie qui montre quelques signes de reprise. Reste bien sûr, l’argent immobilisé dans le Corralon, qui a subi une reprogrammation des dépôts jusqu’à 2005. Ce sera peut être la prochaine étape ?

En attendant, à la recherche d’un soutien venant de l’Europe, dans ses négociations sans fin avec le FMI, Roberto Lavagna entame ces prochains jours , une tournée sur le vieux continent.

El Correo, 24 novembre 2002

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