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16 février 2011

La campagne occidentale anti-arabe ne fonctionne plus.

par Eduardo Febbro

 

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Depuis environ une trentaine d’années, une campagne obstinée de dénigrement s’est consacrée à présenter l’Islam comme l’ennemi des valeurs occidentales. On a confondu une poignée de terroristes aliénés avec des millions d’individus.

Les démocrates arabes qui ont fait sauter la banque de l’autocratie et de la corruption à Tunis et en Egypte ont apporté une contribution inestimable à la connaissance humaine : ils ont démonté avec leur vigueur démocratique le profil de démon avec lequel la presse occidentale et les essayistes opportunistes avaient portraituré l’islam et le monde arabe musulman en général, et dans le même temps ils ont remis en question les intérêts stratégiques de la première puissance mondiale.

Depuis environ une trentaine d’années, une campagne de dénigrement obstinée s’est consacrée à présenter l’Islam comme un ennemi des valeurs occidentales, les Arabes comme une société d’individus hystériques et hors de l’histoire. Articles, reportages télévisés et essais s’acharnèrent sur un même thème : la peur de I’Islam, de l’islamisme, l’identification d’une religion avec le terrorisme de masse. Ils ont confondu une poignée de terroristes aliénés avec des sociétés civiles de millions d’individus. Ils ont fait abstraction de l’histoire du monde, du colonialisme. Ils ont laissé de coté l’influence des ressources pétrolifères dans l’expansion provoquée du fondamentalisme islamique ainsi que le rôle de la confrontation entre l’Est et l’Ouest dans l’instigation des extrémismes religieux en armes stratégiques.

De nombreux intellectuels modernes ont largement contribué à cet amalgame de mensonges et de peurs, adeptes qu’ils sont du fauteuil pivotant depuis lequel ils regardent le monde et projettent leurs choix idéologiques et leur sagacité sans se déplacer, sans connaître, la plupart du temps, cet être humain, ces gens, l’intimité des nations, leur histoire, les langues qui s’y parlent, les pratique confessionnelles en cours, la raison et les nuances des rites, la dimension historique de l’identité, le jeu pervers des luttes géopolitiques qui tracèrent la carte du Moyen Orient. La propagande s’est combinée à la réflexion. Pourtant, l’islamisme fondamentaliste tel que nous le connaissons aujourd’hui, précède la création de groupes tels que le Hamas, Al Qaida, le Hezbola et est même antérieur à la confrontation entre Israël et les fondamentalistes islamiques qui luttent pour la disparition d’un état juif. Le Hamas fut d’abord créé en 1987 comme mouvement de résistance islamique contre l’occupation israélienne du territoire de Gaza. Le Hezbola est né en 1982 contre l’occupation du Liban par les troupes israéliennes (1982). Le troisième, Al Qaida, est une émanation de la politique nord américaine en Asie centrale.

L’extrémisme islamique contemporain prit forme en 1953 avec le coup d’état contre le Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh. Elu deux ans auparavant avec l’appui du Front National, un groupe de patriotes progressistes, Mossadegh supprima les privilèges exorbitants dont jouissait la première entreprise mondiale d’exploitation d’hydrocarbures, la compagnie anglo-iranienne Oil, AIOC. Cette entreprise détenait le monopole de l’exploitation et de la vente du pétrole iranien et payait en contrepartie de maigres bénéfices à l’Etat iranien, tandis que la population vivait dans la pauvreté. Les Britanniques, dans leur empressement à renverser Mohammad Mossadegh, demandèrent sa coopération à Washington. Un émissaire du Secret Intelligence Service, Christopher Montague Woodhouse, convainquit la CIA de la nécessité d’éradiquer la triple menace que représente le nationalisme de Mossadegh, le puissant parti de la gauche iranienne, Tudeh, et l’ex Union Soviétique, pays frontalier de l’Iran. Les Etats Unis et la Grande Bretagne montèrent l’opération AJAX et renversèrent le régime de Mohammad Mossadegh avec l’aide d’un allié intérieur, le souverain iranien Mohammed Réza shah Pahlévi. La frustration nationale face à l’exploitation pétrolifère, la coopération du Shah d’Iran avec les spoliateurs d’hydrocarbures et l’instauration d’une tyrannie absolue qui écrasa le mouvement démocratique et laïc a donné vie et corps au fondamentalisme chiite, c’est à dire à l’aile droite extrémiste et nationaliste d’Iran. En 1979, l’Ayatollah Khomeyni s’appuya sur ce mouvement fondamentaliste pour lancer la révolution iranienne, dont la permanence forgea un fascisme religieux et fit de Téhéran un axe de la terreur. L’ex président nord américain Bill Clinton reconnut en l’an 2000 les conséquences néfastes de l’opération AJAX et présenta des excuses. Trop tard. Un autre monstre aux sinistres conséquences, lui aussi projeté et perpétré par Washington, était en train de s’alimenter en Asie centrale : le financement des secteurs les plus radicaux de l’Islam pour combattre l’invasion de l’Afghanistan par l’Union Soviétique. Les écoles coraniques du Pakistan (mères nourricières) furent financées par Washington pour préparer les “combattants de la liberté” inspirés de la version la plus extrême de la religion. La quasi-totalité des terroristes recherchés par les Etats Unis depuis les attentats du 11 septembre a été amenée par Washington au Pakistan en charters spéciaux durant les années 80. Ben Laden et les talibans afghans ont été des alliés intimes de cette stratégie, des soldats au service de la cause nord américaine qui plus tard ont fait volte-face.

La rivalité pour les hydrocarbures et les tactiques confessionnelles contre le communisme dessinèrent notre monde d’aujourd’hui. L’occident se lava les mains et salit le monde arabo-musulman d’une propagande impudique. Les musulmans devinrent rétrogrades, rigides, de dangereux fanatiques qui mettaient en danger l’identité et les valeurs de l’Occident. Telle a été l’influence de ce discours que la quasi-totalité des partis d’extrême droite qui remplissent les urnes du Vieux Continent a fait de la haine des musulmans son principal argument électoral. Et, cependant, ce ne sont pas les petits papiers sales de Wikileaks qui ont fait avancer l’histoire mais le peuple. Dans les révoltes de Tunis ou sur la place Tahrir du Caire on n’a pas vu de barbus agressifs, ni le Coran en arme : nous avons vu des démocrates qui luttaient pour la liberté, l’égalité, la juste redistribution des richesses et un meilleur futur. Nous avons vu des drapeaux égyptiens, des portraits d’Hosni Moubarak avec la moustache d’Hitler et des pancartes demandant qu’il s’en aille. En deux semaines, une partie du monde arabe bouleversa l’ordre préétabli du monde sans bombes ni attentats. Que diront les hérauts de l’effrayante différence, maintenant que cet autre si craint et dénigré met collectivement sa vie en jeu pour les valeurs sur lesquelles se base la culture politique occidentale ? Quel démon vont-ils inventer pour continuer d’avoir raison ? Ces progressistes de sociétés méprisées par la techno culture occidentale ont créé en une poignée de jours une des transformations majeures de l’histoire. Derrière leurs revendications il n’y a pas de démons fondamentalistes, mais des siècles d’oppression, de spoliation et de corruption. Quel que soit le cap de cette révolution nous devons à ces démocrates acharnés une démonstration unique, une gigantesque émotion, l’occasion de voir l’autre tel qu’il est, de le reconnaître, de palper ses rêves, qui sont aussi les nôtres. Nous avons vu l’histoire avancer devant nos yeux, nous avons la preuve que, par delà la culture, la langue et le Dieu auquel nous adressons nos prières, persiste en l’homme l’ambition de la liberté à laquelle il ne peut renoncer.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Thomas Solorzano.

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Página 12. Buenos Aires, 9 février 2011.

El Correo. Paris, le 16 février 2011.

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