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7 novembre 2018

L’internationale néofasciste :
Dix conjectures sur l’accélération brune

par Jorge Elbaum*

 

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Les peuples des pays pauvres se tuent au travail pour financer le développement des pays riches.
Le Sud finance le Nord et notamment les classes dominantes des pays du Nord.
Le plus puissant des moyens de domination est aujourd’hui le service de la dette.

Jean Ziegler

1. Bolsonaro n’est pas seul

Les climats politiques sont contagieux. Des formes variées de mimesis existent dans l’histoire. Lier les processus simultanés qui se trouvent aux différents points cardinaux implique d’accepter que nous vivions un dangereux changement d’époque. Depuis la crise économique-financière de 2008 se sont accélérés les discours xénophobes, les déplacements de population et les mécanismes subtils ou brutaux du protectionnisme culturel et ethnique : l’attirail néolibéral des frontières ouvertes s’est transformé en une machinerie à disposition pour le mépris de l’autre. Une charge de provincialisme raciste accompagnée de la recrudescence des guerres commerciales plus ou moins ouvertes.

Le suprématisme blanc de Trump qui envoie des soldats pour arrêter des Honduriens désespérés, est le miroir de l’Europe islamophobique (ceux mentionnés étant les juifs persecutés du présent). Ceux qui ont souscrit à la guerre civile en Syrie ont ensuite fermé les portes aux vagues de désespérés qui échappaient aux bombardements. En Italie, la Ligue Du nord de Matteo Salvini commence à discuter de son Brexit. En Autriche, le parti néonazi FPÖ fait partie de la coalition de gouvernement avec deux ministères, celui des Relations Extérieures et celui de l’Intérieur. En Finlande et en Suède, trois citoyens sur dix appuient les partis qui revendiquent la discrimination et la supériorité blanche, faisant fi des humiliations dont les migrants souffrent quotidiennement. En Hongrie, le premier Ministre Viktor Orban incite à exprimer l’identité morale et ethnique des magyares par sur le reste des habitants.

Marine Le Pen continue de conserver la faveur d’un quart des français et pour la première fois depuis la Deuxième Guerre un parti nazi entre au Bundestag par la main d’Alternative pour l’Allemagne, sans que le système politique allemand n’ait eu recours aux interdictions qui existent sur le discours hitlerien. En Pologne, le parti Loi et Justice de Jarosław Kaczyński pousse et approuve des réglementations révisionnistes, complaisantes avec les nazis collaborateurs, qui — selon les nouvelles normes — doivent être considérés comme persécutés par les soviétiques, après la Grande Guerre de la Patrie. En Hollande, Geert Wilders appelle à interdire les mosquées et, en Israël, Netanyahu impose une Loi qui légitime l’apartheid, au même moment où beaucoup de démocraties occidentales le récompense par le déplacement de leur ambassade à Jérusalem, sans considérer la continuité de l’occupation de la Palestine.

2. Le casino.

Une offensive réactionnaire existe, motivée par la crise structurelle qui a eu comme origine la financiarisation. Ce modèle d’accumulation réussit à extorquer le monde productif via l’exigence de rentabilités seulement réalisables grâce à la précarisation brutale, à la flexibilité et à la chute du pouvoir d’achat des salaires. Le piège réside dans ce que le capital productif fuit vers des paradis fiscaux en exigeant que le monde du travail maximise l’exploitation afin de pouvoir rivaliser avec la rentabilité offerte par sa logique financière. Son expression la plus violente, ce sont les fonds vautour défendus par des équipes d’avocats experts dans des guerres juridiques disposés à piller les coffres des Etats des pays qui s’endettent avec l’appui du FMI et les élites locales. Pour leur part, les Macri, Temer, Piñera et les autres bénéficient de commissions considérables (provenant de l’émission de titres de dette) et surtout de la perspective de devenir des futurs CEOs des sociétés multinationales qui acquerront lesdépecés réseaux productifs locaux dépecés, grâce à de infimes investissements.

3. Chemises brunes.

Les mouvements réactionnaires ont toujours été le résultat de la tentative de démocratisation des sociétés et de défi face aux secteurs privilégiés. Face à Spartacus à Rome, à l’irruption des travailleurs en 1870 ou en 1917, et/ou à la formation du péronisme dans les années 40, les pouvoirs de facto se sont alliés à l’objectif de noyer toute possibilité de donner place ou suite à l’extension de l’équité et de la liberté. Tous les processus de réaction répondent à la peur que sentent les secteurs privilégiés de perdre le contrôle des manettes : Bolsonaro et le reste de la droite dans le monde font irruption comme l’expression désespérée devant les avancées possibles des secteurs démocratiques. Ceux qui votent pour eux, ont été cooptés par la terreur face l’invasion des étrangers que l’on présente comme responsables de menacer ce qui a été conquis : l’ultralibéralisme produit les conditions de la marginalité et de la violence et se propose de résoudre le problème par la main dure, l’homophobie, misogynie et étiquetages diverses et variés. La peur systémique est inoculée à travers les médisances répétées par les médias hégémoniques qui incitent à l’acceptation immédiate de réponses rapides et cruelles. De manière parallèle, le délit, le trafic de stupéfiants et l’imbrication des organismes de sécurité dans les sous-sols obscurs du pouvoir mafieux, augmentent avec les effets de l’ultralibéralisme et le manque de projets sociaux collectifs encourageants.

4. La météorologie.

Les convocations à la violence d’État fonctionnent quand existe une citoyenneté dépourvue de conscience critique, et en même temps étrangère aux processus de participation démocratique au quotidien. Les climats réactionnaires ont besoin de fabriquer des ennemis internes et externes et si possible, de les combiner. Ils peuvent être choisis parmi les plus faibles et les plus vulnérables à condition d’éveiller une méfiance généralisée : migrants, nationalités étrangères ou porteurs de caractéristiques ethniques ou phénotypiques ont l’habitude d’être les victimes prioritaires. Ces étiquetages sont utiles pour cacher le processus de détérioration que génèrent les politiques d’augmentation de la richesse. Après avoir incité à la haine vers un ennemi, on cherche à changer l’axe du débat réel sur la production matérielle culturelle et symbolique des crises que leurs politiques produisent.

5. Des biens.

L’inclusion sociale exprimée dans la consommation apparaît comme un paradoxe : le néolibéralisme exclut alors que ses adversaires, les secteurs progressistes, essaient de développer le marché interne. Quand cela arrive, les inclus se désespèrent pour conserver ce qu’ils ont acquis et s’identifient avec facilité aux discours privatistes et discriminatoires. Ils méprisent ceux qui sont aidés par l’État, parce qu’ils les considèrent comme des concurrents illégitimes de leur ascension sociale.

6. Panique.

Les vagues réactionnaires réveillent les peurs ataviques d’une société et les redirigent vers des sujets éloignés de ce qui génère la crise. Les brésiliens n’ont pas spécifiquement voté pour les nazis mais, majoritairement, contre l’insécurité et contre la corruption installée comme expression (unique) du PT, en contournant l’escroquerie structurelle permanente que suppose la fuite des capitaux, l’endettement et la charge fiscale majoritaire sur les secteurs les plus appauvris des sociétés.

7. Une patine.

Ni Bolsonaro ni Trump ni Netanyahu ni Salvini ni Le Pen ni Macri sont antisystème : ils sont le cœur brutal du système, l’expression la plus exacte du capitalisme rentier, sa version la plus digne de foi et transparente. Tous sont contribuables d’un nouveau bon sens basé sur un double support culturel : spirituel et académique. Une théologie de la prospérité individuelle (sainte et égoïste), et quelques discours econométriques qui fétichisent les quantifications en contournant les orientations liées à la valeur, comme si celles-ci pouvaient exister dans des formats étrangers au comportement humain. De cette façon ils s’offrent devant les récepteurs impavides comme des porteurs d’un halo divin et d’une carcasse scientifique. Ils annoncent maintes fois que Dieu et la Vérité les escortent.

8. Damoclès

Dans ce cadre, il y a trois options que la globalisation offre en termes de système politique : le pacte de continuité qui consiste à concourir pour des petitesses, sans discuter les points centraux du système. Démonter le système de partis au nom d’un « qu’il s’en aillent tous », en lui laissant au marché l’offre électorale de vedettes, de sportifs ou d’acteurs pour gouverner sans pressions. Ou la proposition de droite basée sur la poursuite, la proscription, la guerre juridique et le délégitimation médiatique. Toute opposition du type productiviste qui cherche à limiter la spéculation et à évaluer le travail sera accusée de populiste et disqualifiée sur les autels bienpensants du pouvoir mondial. Le modèle de la démocratie auquel on peut accéder, qu’ils autorisent, est seulement celui qui s’offre comme fonctionnant avec la financiarisation extorsive.

9. l’anéantissement

La logique du marché cherche à exterminer la politique parce que c’est le seul territoire où les majorités peuvent obtenir la démocratisation de quelque chose. Seuls la volonté générale remaniée ou sa version remasterisée, le pouvoir populaire, peuvent faire face.

10. Attention

Ceux qui marchent ne sont pas les saints.

Voir le vidéo : Les bergers guerriers du néolibéralisme argentin, mortier spirituel de la vague réactionnaire.

Jorge Elbaum* pour El cohete a la luna

El Cohete a la luna Buenos Aires,

*Jorge Elbaum est sociologue, Dr dans Cs. Économiques. President du « Llamamiento Argentino Judío ».

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diaspora. Paris, novembre 2018

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