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13 janvier 2005

L’ignorance de Pythagore et l’impératif de Mafalda

par Carlos del Frade

 

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Pythagore, cinq siècles avant notre ère, réunissait ses disciples autour du feu et leur disait que le mystère de l’univers, ce qui est en haut et ce qui est en bas, se résout à travers les nombres. Les chiffres qui déchiffrent la vie. Tel était l’objectif du philosophe. Comprendre "le pourquoi et l’origine des choses". Le début et la fin.

Vingt-six siècles plus tard, les nombres expriment la réalité, presque jusqu’aux limites intolérables de ce qui est brut et simpliste, mais ne semblent rien expliquer et encore moins résoudre. Ce monument rationnel, qui exploite l’autre et s’est approprié l’effort de types comme Pythagore, est maintenant capable de montrer que les chiffres ne dissimulent presque rien d’insondable.

Ce sont des chiffres de l’évidence, de l’obscénité d’un système qui dévore des millions de personnes en échange du bonheur de quelques uns. L’Occident et le capitalisme, c’est l’histoire qui se reflète dans les chiffres. L’urgence implique, pour trouver la fin, la mort des chiffres.

Selon l’Organisation non gouvernementale, World Vision, il y a une dizaine de condamnations délivrées contre les enfants de la capsule spatiale appelée planète Terre.

Un fouet à dix pointes qui s’abat contre les corps les plus fragiles, contre les sourires et les regards les plus lumineux, contre l’innocence qui rame pour certaines valeurs pour lesquelles ne cotisent aucune bourse.

Une dizaine de bestialités humaines, occidentales et capitalistes déguisent ces victimes en nombres, chiffres et données qui pour le moment révèlent mais ne se rebellent pas.

La condamnation de la pauvreté, dit l’Organisation, pourrait prendre fin par une donation de 14% de la richesse des 225 personnes les plus riches de la planète, quelque 22 milliards de dollars par an. En réalité, voici la bêtise du système. Le problème n’est pas la pauvreté, mais la richesse. Moins de personnes que celles qui ont signé la déclaration de l’Indépendance argentine, le 22 mai de 1810, décident de multiplier les décès, d’arrêter les jeux de billes, rondes et ballons de chiffon.

Que dirait Pythagore autour du feu avec ses élèves dans les colonies grecques de l’Asie Mineure ?

Décider de la vie de 29.158 enfants de moins de cinq ans qui se meurent par jour dépend de la conscience de 225 types.

Toutes les vingt quatre heures meurent 29.158 enfants. L’UNICEF vient de le publier. Et cela pourrait ne pas exister, si 225 personnes apportaient, seulement, 14% de ce qu’elles ont. Autant d’enfants qui partent vers les "pampas d’en haut" (au ciel), qu’il y a eu de disparus sous le terrorisme d’état pendant sept ans de nuit sanglante en Argentine. Sept ans de férocité argentine, c’est à peine égal à ce qui arrive lors d’un tour de la Terre sur son axe.

Mais aucun de ces chiffres ne devrait exister, s’il y avait un peu de conscience chez ces 225 personnes qui manient l’argent du monde. L’argent du monde et la douleur du monde. Argent et sang. De la main, comme depuis des millénaires. Quels seront les noms de ces 225 puissants ? Auront -ils des fils ces 225 puissants ? Quel type de gouvernement invisible et insensible au monde représentent ces 225 personnes ?

Le sauront-ils, les mamans et les papas de ces 29.158 enfants de moins de cinq ans qui meurent tous les jours dans cette capsule spatiale, que si ces 225 personnes mettaient quatorze pour cent de ce qu’elles possèdent, ces enfants pourraient continuer à vivre, à recevoir des caresses, à égailler le quartier avec leurs balbutiements, chanceler sur les chemins avec leurs petits pas ?

Ainsi va le monde. Il n’y a pas de mystères face à ces chiffres. Tout est dit. Ils nous disent tout : "Voici le capitalisme, voici l’Occident. Il n’y a rien à dissimuler". Le mystère n’est pas dans les nombres. Mais dans ce que nous faisons d’eux. Et Pythagore ne l’a pas dit. Ne le savait pas. Ainsi va le monde. Il faut l’arrêter.

Il est peut-être nécessaire d’aller au-delà de ces nombres. Pour dépasser l’ignorance du mathématicien, le dégoût, l’impuissance et soutenir l’espoir humain. L’amour comme synthèse du meilleur de l’être humain contre le pouvoir et la mort. Les trois forces qui, selon les grands auteurs, reflètent l’existence dans ce monde qu’il faut arrêter. Comme le proposait Mafalda. Et ce n’était pas une blague, il s’agissait d’un impératif moral.

Agencia de noticias Pelota de Trapo. Buenos Aires, janvier 2005

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