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14 juillet 2012

L’alliance stratégique Brésil-Venezuela

par Raúl Zibechi *

 

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Le coup d’État au Paraguay a mis en évidence les changements dans le rapport de forces dans la région sudaméricaine. La réponse du Brésil d’accélérer l’entrée comme membre à part entière du Venezuela au sein du Mercosur est un message aux États-Unis. Quand l’ex-président Luiz Inácio « Lula » da Silva a dit à Hugo Chávez « ta victoire sera notre victoire », il était fidèle au scenario de la plus grande et la plus solide alliance sudaméricaine, l’alliance stratégique entre le Brésil et le Venezuela.

Quand Lula est arrivé au gouvernement en 2003 un saut qualitatif s’est produit dans les relations bilatérales. En 2005, fut définie l’Alliance Stratégique Brésil-Venezuela et en 2007 ont commencé les rencontres présidentielles trimestrielles, qui se sont prolongées jusqu’à 2010, pour approfondir l’alliance qui inclut l’intégration d’infrastructure et la complémentarité productive qui va au-delà des alliances classiques, y compris l’autre alliance stratégique qu’a le Brésil dans la région, avec l’Argentine.

L’un des principaux résultats est une forte augmentation du commerce. De 800 millions de dollars échangés en 2003 , il a atteint 5 milliards en 2011. De plus les liens institutionnels ont été resserrés par des conseils dans les politiques publiques, cours de formation qui ont inclus l’installation du prestigieux centre de réflexion et de recherche IPEA (Institut de Recherches économiques Appliquées) et Embrapa (Entreprise publique de recherche agricole) à Caracas.

La décision la plus importante en terme de poids stratégique fut la substitution de l’un des axes d’intégration de l’IIRSA (Initiative pour l’Intégration Régionale Sudaméricaine), le bouclier Guyanais, par l’Amazonie-Orénoque, où sont mis en application les projets « d’un développement intégral » que sont « le paradigme brésilien de coopération sud - sud », comme le souligne l’IPEA. Parmi les actions définies figure l’intégration du système de transport terrestre, fluvial et aérien, l’intégration énergétique électrique et la construction possible du repoussé Gazoduc du Sud pour interconnecter le Venezuela, le Brésil et l’Argentine.

La finalité est d’établir l’interconnexion des bassins de l’Amazone et celui de l’Orénoque et la formation d’un « espace économique commun » au nord du Brésil et au sud du Venezuela, « d’importance géostratégique » selon le rapport de l’IPEA de mai 2011. L’analyse remarque « la quantité et la qualité » des ressources que la région possède, parmi lesquels il inclut la biodiversité, les bassins hydrographiques, l’énergie et le minerai de fer, « entre autres » qui « réveille divers intérêts et affronte une complexité croissante d’acteurs ».

Enfin, l’étude remarque que l’axe Amazonie-Orénoque « crée une nouvelle frontière d’approche du Brésil avec les pays du bassin des Caraïbes dans un contexte où la politique externe pour l’intégration régionale étend sa zone d’action de l’Amérique du Sud vers d’autres régions de l’Amérique Latine et des Caraïbes ». La « nouvelle frontière » apparaît liée à la création de la Communauté des États Latinoaméricains et Caribéens, poussée par le Brésil au même moment.

De façon indirecte les stratèges brésiliens insinuent les raisons de fond de cette alliance. Le Venezuela est la première réserve de pétrole au monde, la troisième de bauxite, la quatrième d’or, la sixième de gaz naturel et la dixième réserve en fer. Dans l’état brésilien de Roraima, frontalier avec le Venezuela, se trouvent les plus grandes réserves d’or, de niobium et d’étain du monde, en plus des gisements importants de thorium, de cobalt, de molybdène, de diamants et de titane, selon l’Inventaire Minéral de l’Écu Géologique de Roraima, réalisé par le Ministère de Mines et d’Énergie en 2003.

Mais le plus important réside en ce que cette région héberge les plus grands gisements d’uranium au monde, partagés par le Brésil, le Venezuela et la Guyane Esequiba, zone en dispute depuis 1966 entre le Venezuela et la République Coopérative de la Guyana, ex-Guyane britannique. Depuis 2009 des entreprises canadiennes exploitent des gisements d’uranium dans cette région, quelque chose qui n’est pas bien vu par Caracas ni par Brasilia.

L’alliance stratégique tissée sous le gouvernement de Lula cherche à donner une plus grande densité économique, démographique et politique à une des zones de la plus grande importance géostratégique du continent. En premier lieu, il s’agit d’une alliance intégrale, qui va depuis l’intégration productive dans l’agroindustrie, la construction civile, les minerais et la métallurgie, passe par la coopération entre les zones franches de Manaos et Puerto Ordaz, jusqu’à l’infrastructure et la formation de cadres.

Le Brésil contribue à promouvoir le développement industriel du Venezuela pour qu’il diminue sa dépendance aux exportations de pétrole, à l’importation de 70 % des aliments consommés et la plupart de produits industrialisés, à travers l’articulation des chaînes productives des deux pays.

En deuxième lieu, renforcer le Venezuela et « occuper » la zone frontalière est une réponse au Plan Colombie (ou bien au Commando Sud), dont la zone d’expansion « naturelle » est précisément l’Amazonie et, particulièrement, le bassin des rivières Orénoque et Amazone, en plus de la région andine.

En troisième lieu, le Venezuela a une forte relation économique avec la Chine et s’approvisionne en armement russe, mais aucun de ces liens n’est excluant quant à son alliance avec le Brésil. Les multinationales brésiliennes de la construction, comme d’Odebrecht, réalisent des projets importants au Venezuela et au sein de l’Unasur (Union de Nations Sudaméricaines) on travaille sur des projets d’équipement militaire.

Des temps troubles s’approchent. Pour exemple, les déclarations d’Evan Ellis, du Centre d’Études Hémisphériques de Défense, organisme rattaché au Pentagone, sur les relations Sino-vénézuéliennes : « Dans l’ère de la globalisation, avoir comme conseillers des banquiers chinois équivaux à avoir des conseillers militaires de l’Union soviétique à Cuba et au Nicaragua pendant la guerre froide » (Miami Herald, 9/7/12). Est-ce pour cela que des militaires brésiliens célèbrent l’entrée du Venezuela au Mercosur, qu’ils considèrent comme « la première ligne de défense » du Brésil ? (Defesanet, 25/6/12).

La Jornada. Mexique, le 13 juillet 2012.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 14 juillet 2012.

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