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26 novembre 2002

L’Argentine résiste à la Banque mondiale

Le pays menace de geler le remboursement de ses dettes

 

Par Par Vittorio DE FILIPPIS

Si l’Argentine gèle tous les remboursements de sa dette, la Banque mondiale pourrait voir sa note financière - aujourd’hui excellente - dégradée.
Le temps des mamours est terminé. Buenos Aires, autrefois chéri par le FMI (Fonds monétaire internationale) ou la Banque mondiale, se rebiffe contre ces institutions.

Après 11 mois de négociations infructueuses, le ministre argentin de l’Economie, Roberto Lavagna, a décidé de tenter le tout pour tout : convaincre ses collègues européens (au cours d’une tournée entamée hier à Paris et qui le mènera à Berlin, à Rome et à Madrid) du bien-fondé du refus de son pays d’honorer ses dettes auprès de la Banque mondiale.

Rituel

Petit retour en arrière : le 15 novembre, les discussions entre Buenos Aires et les institutions de Bretton Woods s’enveniment. Ce jour-là, Lavagna débarque à Washington. C’est devenu un rituel : il rend visite aux responsables du FMI. Là, il écoute les recommandations des économistes qui ont concocté de nouveaux plans pour sortir son pays du gouffre économique et social dans lequel il s’enfonce depuis un an ; il signe des pages de prescriptions économiques, qui se traduisent notamment par un fort relèvement des tarifs des services publics... ; enfin, il paraphe un chèque du Trésor argentin pour honorer les dettes du pays envers le Fonds.

Mais, ce 15 novembre, les discussions coincent.
Buenos Aires demandent - une fois de plus - au FMI de rééchelonner la dette de l’Argentine.
En vain. Quelques heures plus tard, Roberto Lavagna rejoint les bureaux de la Banque mondiale. Face aux blocages des négociations entre son équipe et celle du FMI, le ministre annonce, à la suite d’un coup de fil du président Eduardo Duhalde, que son pays ne remboursera pas les 805 millions de dollars qu’il doit à la banque pour le mois de novembre. Le trésorier de celle-ci devra se contenter de 79,2 millions de dollars... en paiement des intérêts.

Les Argentins se disent pourtant prêts à piocher dans les réserves de changes (9,2 milliards de dollars) pour rembourser la Banque mondiale. Mais seulement dans la perspective d’un accord avec le FMI qui aurait permis de rééchelonner ou de refinancer les 14 milliards de dollars de dette à payer d’ici à fin décembre 2003.

Depuis, les spéculations vont bon train. Les plus pessimistes détaillent déjà les contours d’un scénario catastrophe dans lequel l’Argentine décréterait de geler tous les remboursements des dettes dues aux institutions financières internationales (32 milliards de dollars).

« Une telle décision ne serait pas sans effet, notamment pour la Banque mondiale », estime Pierre Laurent, à la Caisse des dépôts et consignations. En clair, la Banque mondiale est l’un des rares établissements à pouvoir afficher la mention très bien des agences de notation : le fameux AAA, sésame grâce auquel elle peut lever des fonds sur le marché international des capitaux à un taux moins élevé que le taux de référence auquel se refinancent chaque jour la plupart des autres établissements.

« Aujourd’hui, personne ne sait jusqu’où iront les Argentins. Certes, des pays comme le Zimbabwe ou l’Irak ont déjà fait défaut sur les dettes seniors, ces dettes qu’on rembourse quoi qu’il arrive.

Mais l’Argentine, ce n’est pas le Zimbabwe, précise Jérôme Sgard, chercheur au Centre d’études prospectives et d’informations internationales.
Les prêts à l’Argentine consentis par la Banque interaméricaine de développement s’élèvent à près de 9 milliards de dollars ; soit un cinquième du total des prêts de cette institution. »
La moindre dégradation de la note financière de la Banque mondiale ou de la Banque interaméricaine de développement aurait pour effet de renchérir le coût des fonds qu’elles lèvent. Et donc un renchérissement des prêts accordés aux pays en développement.

Poker menteur

Pour les moins pessimistes, l’Argentine joue un poker menteur : « Elle se pliera aux exigences du FMI. » Un moratoire sur les dettes seniors mettrait Buenos Aires en quarantaine. Du coup, l’Argentine se priverait de la moindre source de financement, indispensable pour remettre en marche l’appareil productif quasi paralysé.

Il faudra en tout cas que le FMI justifie sa politique. De quoi écorner un peu plus son image dogmatique. D’autant que la plupart des experts sont formels : l’Argentine ne demande pas de cash, juste un report des dettes. « En gros, il s’agit pour le FMI de refiler un chèque à l’équipe de Lavagna, qui, quelques heures plus tard, le rapporterait au FMI pour payer une partie de sa dette. C’est ce qu’on appelle faire rouler la dette », ironise Jérôme Sgard.

Libération, mardi 26 novembre 2002.

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