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19 juillet 2010

L’Argentine crée un musée sur la Dette externe

Devoir de mémoire

par Estelle Leroy-Debiasi *

 

Faire entrer la dette externe au musée. Il fallait oser. Une première pour le moins iconoclaste. Qui pouvait le faire si ce n’est l’Argentine, un des pays qui en a le plus souffert, et où l’histoire de la dette dépasse largement la simple question financière. C’est une question hautement politique qui relève tant des dirigeants du pays concerné que des organismes internationaux, et hautement sociale compte tenu de ses conséquences sur la vie de chaque citoyen.

Les étudiants en Sciences économiques de l’université de Buenos Aires, UBA, ont construit le premier récit historique de la dette externe de l’Argentine. Ainsi vient d’être inauguré le « Museo de la Deuda Externa ». Une initiative qui a comme objectif d’offrir aux argentins la possibilité de connaître et comprendre l’origine de la dette externe de leur pays qui a eu et a toujours des conséquences directe sur la vie et le devenir de tous. Car qui dit dette extérieure et endettement , dit inéluctablement FMI et ses recettes de désendettement , qui touchent directement le secteur productif, mais aussi le secteur public, l’éducation, la santé…..

La dette n’est pas une fatalité. Elle n’est pas non plus comme on le croit trop facilement le fruit d’une mauvaise gestion ou de la négligence d’un ou deux politiques au gouvernement, peu soucieux ou sans scrupules quant à l’avenir de leur pays . L’histoire argentine le montre bien, la dette extérieure peut être aussi le résultat d’une politique menée dans et hors du pays par d’autres puissances, d’un rapport de forces déséquilibré.

La question de la dette avec ses explications souvent complexes reste un thème généralement circonscrit à la sphère politico-économique, et justement ce musée veut montrer à travers un espace de réflexion et un regard critique que la dette est l’affaire de tous puisqu’elle a des répercussions irrémédiables sur la vie du citoyen, notamment dans le domaine social.

Quatre grands chapitres de l’histoire de la dette argentine sont présentés dans ce musée. « Ils permettent de comprendre comment s’est fabriquée la dette et avec qui ! » Comme l’expose Federico Saravia, directeur du musée.

L’histoire de la dette externe débute en ….1824, donc quatorze ans après l’indépendance. L’endettement naît d’un rapport de force avec les Anglais, à qui les argentins achètent tous leurs produits manufacturés y compris ceux issus de leurs propres matières premières … et cela à cause d’une poignée de bourgeois favorables au développement des intérêts économiques britanniques.

Autre grand chapitre l’évolution de la dette argentine, celui se situant pendant la dictature de 1976 à 1983. C’est sans doute le chapitre le plus sensible. Car la dette argentine durant cette période s’est envolée. Et avec quelles complicités à l’international ? La question reste posée. Les grandes puissances de ce monde ont prêté de l’argent à cette dictature pour qu’elle leur achète... quoi exactement ?

De plus cette dette contractée par un gouvernement non élu donc illégitime est illégale, et nombre d’argentins qui ont déjà payé un lourd tribut en terme de droits de l’homme durant ces années, n’admettent pas qu’ils subissent aujourd’hui encore un tribut financier hérité de leurs bourreaux.

« Le Juge Jorge Ballestero a prononcé un jugement qui n’a pas de précédent dans le monde, et qui corrobore l’illégalité de la Dette externe, en établissant la responsabilité des fonctionnaires de la dictature qui l’ont contractée et la co-responsabilité des organismes internationaux comme le FMI, qui ont approuvé des prêts illicites et frauduleux » expliquait Alejandro Olmos Gaona en octobre 2007 , dans une interview sur le Rapport sur la dette externe (voir El Correo).

Cette dette odieuse est celle que l’État a contractée et qui n’a pas été utilisé au bénéfice du peuple de cet État. « La Banque Mondiale, elle a certifié que la dette contractée pendant la dictature dans notre pays a été utilisée à 40 % pour la fuite des capitaux, 30 % dans le paiement d’intérêts de la dette et 30 % dans l’achat d’armements. C’est à dire que le peuple n’a pas vu un centime » poursuivait-il.

Vient ensuite la période 83 -99, alors que l’Argentine renoue avec la démocratie, il est toujours plus endetté sous l’ère Menem qui dépèce le pays, avant le tournant de 2000-2001, le grand « fracaso  » qui pousse le pays au bord du gouffre.

Puis la période qui suit jusqu’à nos jours. L’Argentine continue à payer , et annuler sa dette avec le FMI . Et à utiliser les réserves de change pour sa dette avec le Club de Paris. Et à Finaliser des mécanisme d’échange pour les porteurs d’obligations…

Les critiques ne sont pas absentes. Une affaire de terrorisme financier comme le dénonçait Pino Solanas, à la tête de Proyecto Sur, il y a encore peu (voir El Correo ). « Après avoir payé plus de 150.000 millions de dollars de dettes durant ces 26 ans de démocratie ».

Ce Musée – dans sa version itinérante- a vocation à circuler dans tout le pays afin que les élèves des écoles aient accès à ce récit historique. Le musée virtuel de la dette peut aussi se visiter sur le site web (www.museodeladeuda.com.ar).

Tout un travail pédagogique a été fait en complément à partir d’histoires drôles et BD, autour de la « DEUDA », basé notamment sur le livre « La Deuda Externa explicada a todos (Los que tienen que pagarla) » de Alfredo Eric Calcagno y Eric Calcagno mais aussi autour des relations entre l’Argentine et le FMI. Si cela pouvait nourrir la réflexion des hautes sphères du FMI quant à la réforme nécessaire de l’organisme et des recettes qu’il impose...

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