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28 septembre 2018

Jair Haddad consolide son large leadership au Brésil

par Emir Sader *

 

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Dans toutes les enquêtes de cette semaine, y compris les deux d’Ibope pour Rede Globo  [1], pour la première fois Haddad dépasse Jair Bolsonaro [candidat d’extrême droite, ex militaire, raciste, xénophobe et soutenue par les églises évangélistes [2] ] au deuxième tour, avec une marge qui va de quatre à huit points. Ce qui complète ce tableau est le niveau de rejet de Bolsonaro, près de 15 points au dessus de celui de Haddad, un taux fondamental pour le deuxième tour, quand le vote serait pour l’un ou l’autre. Se confirme alors la tendance qui s’était dessinée depuis que, il y a moins de deux semaines, Lula a lancé Haddad comme son candidat. La faveur dont jouit Haddad dans les enquêtes est aussi basée sur sa tendance à la hausse alors qu’il va incorporer l’électorat de Lula, qui l’identifie comme le représentant de l’ancien président.

À la demande d’un organisme patronal – c’est ce que les médias appellent « le marché » – une institution de l’Université de San Pablo a défini que Haddad a 99,4 % de possibilités d’être élu président du Brésil. Un chroniqueur du quotidien Folha de Sao Paulo a écrit que le marché considère déjà l’élection du candidat du Parti des Travailleurs (PT) comme une réalité irréversible. Le dollar a baissé, la Bourse a monté, comme s’il s’agissait d’une tendance déjà assimilée par le marché.

Depuis que Haddad s’est lancé comme le candidat de Lula, le panorama électoral a dessiné de nouveaux contours. Haddad a du sortir de taux bas, tandis que Bolsonaro assumait le leadership des enquêtes. Dans les médias, les spéculations étaient à l’ordre du jour : depuis que Bolsonaro fut victime d’un étrange attentat, il pourrait gagner au premier tour, et même Ciro Gomes pourrait disputer avec lui le deuxième tour, laissant dehors le candidat petiste de Lula.

Mais pendant ce là temps Haddad a fait une remarquable campagne, voyageant dans tout le Brésil plusieurs fois, avec des manifestations populaires dignes de celles de Lula, comme représentant de l’ancien président. Les images, censurées par les grands médias, circulaient rapidement sur les médias alternatifs. Haddad a assumé un discours basé sur le programme élaboré directement par lui et par Lula, qui fut rapidement compris par le peuple, des réformes immédiates et profondes comme la reforme bancaire, celles des impôts et celle des médias, ajoutée à l’annulation des lois approuvées par le gouvernement de Michel Temer.

Haddad avait déjà dépassé les réserves qui existaient sur lui au sein du PT, avec un comportement irréprochable dans les entretiens publics, dans les discours et dans les débats. Il a aussi conquis les mouvements sociaux et l’opinion publique, avec sérénité, fermeté et compétence, en projetant une figure d’homme d’Etat.

Cette dernière fin de semaine, Haddad a joué le rôle principal dans les scènes les plus spectaculaires de la campagne, jusqu’ici, dans le nord-est du pays, en particulier dans Pernambuco, la province où est né Lula, avec des centaines de milliers de personnes dans les rues. Un voyage qui n’a pas encore eu le temps de se refléter dans les sondages, mais qui va lui garantir le seuil de votes du PT dans la région, qui est toujours au-dessus de 70 % dans le deuxième tour.

Dans toutes les provinces du nord-est les candidats du PT -ou appuyés par le PT- sont en tête des sondages, gagnant au premier tour, en consolidant cette région comme la plus rouge du Brésil [le maillot du PT est rouge]. La région d’où est sorti Lula et qui a été celle qui a eu le plus de changements positifs dans les gouvernements du PT.

À peu plus d’une semaine du premier tour, le scénario électoral s’éclaircit. Les sondages continuent de donner Bolsonaro en tête du premier tour, avec Haddad de plus en plus près de la tête et distant de Ciro Gomes, projetant un deuxième tour entre Bolsonaro et Haddad.

Alors que, la campagne « #El No » s’est diffusée par tout le pays. « El » es Bolsonaro, qui avec ses déclarations brutales a généré des réactions des secteurs les plus divers de la société, mais spécialement des femmes, parmi qui il a un très haut niveau de rejet. Une pétition des femmes a rapidement atteint trois millions d’adhésions, jusqu’à ce que la campagne de Bolsonaro attaque la page, causant encore plus de rejet. Samedi prochain aura lieu dans tout le Brésil une des plus grandes manifestations de toute la campagne, unifiée par le rejet de Bolsonaro.

L’idée que le Brésil puisse dépasser le grave échec qui a sorti Dilma de la présidence et a mené Lula à être arrêté, s’impose au pays, est en train de devenir réalité. S’approche, l’incroyable situation selon laquelle Lula, prisonnier et condamné dans un procès sans preuves, après avoir été en tête de tous les sondages, ne peut pas être candidat, mais désigne son ancien ministre de l’éducation, et que son candidat soit élu président du Brésil.

Et Haddad, fils d’immigrants libanais, qui a travaillé pendant 10 ans dans le commerce de son père, obtenu son diplôme de droit et d’économie, avec un troisième cycle en science politique et philosophie - où il a été mon élève - est près de la présidence du Brésil. Il reste tranquille, absolument fidèle à Lula à qu’il rend visite plusieurs fois par semaine, confiant que sa victoire sera aussi le cadre qui permettra de libérer Lula et de l’avoir à côté de lui dans la reconstruction du Brésil.

Emir Sader*

Página 12. Buenos Aires, le 28 septembre 2018.

* Emir Sader est philosophe et professeur de sociologie à l’université de l’Etat de Rio de Janeiro (UERJ) et à l’Université de São Paulo (USP).Voir son blog de Emir Sader]

Complément d’Information

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par Eric Nepomuceno *

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Notes

[1« Rede Globo » appartient au groupe Globo. Chaîne créée par la dictature militaire, son orientation politique est de droite conservatrice. En raison de sa très large diffusion, elle constitue un outil de propagande politique puissant et contribue à dénoncer la corruption d’hommes politiques liés au Parti des travailleurs, tout en occultant fréquemment les affaires concernant des hommes politiques de droite.

[2Jair Bolsonaro appartient au courant conservateur dit de la « Bancada B.B.B » (pour « balle, Bible, bœuf »), qui regroupe les parlementaires liés aux intérêts de la police militaire, des églises évangélistes et de l’agrobusiness. Religieux et hostile à la laïcité, il critique l’avortement. Tout en se défendant d’être homophobe, il déclare tolérer les violences corporelles contre les enfants présentant des tendances homosexuelles et laisse entendre qu’il souhaiterait voir son fils tué dans un accident s’il était homosexuel. Il s’oppose à l’union civile entre deux personnes de même sexe. Certaines de ses déclarations ont été considérées comme misogynes. Il affiche son hostilité au principe des quotas ethniques en faveur des Noirs dans les universités. À propos des Peuples indigènes et des Noirs, il est accusé de propager des préjugés racistes. Il a aussi lancé à une parlementaire qu’il ne pourrait pas la violer, tant il la jugeait laide

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