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18 mai 2018

Geab 125
Monnaies, armées, pétrole : Vaste mouvement de repositionnement des grands acteurs mondiaux

par GEAB *

 

Suite à la levée des derniers verrous posés sur l’ordre mondial précédent [1] et en phase avec nos anticipations, toutes les dynamiques de transformation jusqu’à présent retenues s’écoulent désormais le long de chemins tracés depuis longtemps. Les défis de transition sont immenses. Mais les grands acteurs mondiaux semblent désormais en position pour gérer cette gigantesque reconfiguration et non plus la subir. On y voit d’ailleurs plus clairs sur qui ils sont et quelles sont leurs stratégies. C’est ce dont nous tentons de rendre compte dans ce numéro (s’abonner).

La Chine dévoile désormais sa puissance économique (premier importateur de pétrole), militaire (avions de chasse furtif J-20 [2] missiles air-air [3]…) et monétaire (les fameux pétroyuans-or sur lesquels nous revenons dans ce numéro (s’abonner) [4]) et s’impose désormais partout, et notamment en Mer de Chine du Sud [5], mettant en place son système de sécurité régionale, pendant que l’Occident à les yeux rivées (à juste titre d’ailleurs) sur le Moyen-Orient : chacun ses problèmes !

L’Europe quant à elle poursuit le découplage avec les Etats-Unis, les dirigeants européens faisant feu de tout bois pour sortir leur vieux projet de défense européenne des tiroirs profonds où il est rangé : le retrait américain de l’accord nucléaire iranien fournit une parfaite occasion d’affirmer que les Etats-Unis ne sont plus un partenaire stratégique suffisamment fiable pour que le destin européen reste placé entre leurs mains [6].

En matière de commerce, les menaces de tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium européens lancées par Trump servent probablement la même dynamique de découplage UE-US mais elles peuvent également servir la cause d’une arrière-garde transatlantiste invoquant la nécessité de signer n’importe quel accord de libre-échange avec les Etats-Unis afin d’échapper à ces tarifs. N’oublions pas en effet que juste après son annonce de droits de douane sur l’acier et l’aluminium, la Maison Blanche a déclaré que « des accords avaient pu être conclus pour des exemptions permanentes avec l’Argentine, l’Australie et le Brésil » alors que dans les cas de l’Europe, du Canada [7] et du Mexique, une prolongation des exemptions était offerte pour 30 jours seulement. Si Trump ne voulait pas du TTIP, cela ne veut pas forcément dire qu’il ne veut pas d’un accord de libre-échange avec l’Europe… mais il le veut à SES conditions. Libre à l’Europe d’accepter ou non.

L’Union africaine se renforce considérablement, parvenant désormais à prendre des décisions fortes comme l’unification du transport aérien, la libéralisation de l’aviation civile, le prélèvement d’une taxe de 0.2% sur les importations et la création d’une zone de libre-échange. L’UA est en outre en coopération rapprochée avec la Chine dans le cadre du transfert d’industrie que ce dernier opère vers elle (avec des questions comme la protection de l’environnement faisant l’objet de négociations) [8]. La Chine qui, pour des raisons d’efficacité sans doute, est encline à négocier d’égal à égal avec l’UA plutôt que du fort au faible avec les Etats africains, contribue ce faisant au renforcement de l’Union.

Les Etats-Unis rentrent à la maison. Avec l’arrivée du petroyuan, le territoire du dollar se réduit considérablement posant de grands défis de transfert de masses monétaires, que nous abordons dans ce numéro (s’abonner). L’OTAN se recentre dans l’Atlantique [9] et Trump est impatient de ramener ses troupes de Syrie [10] et de Corée du Sud [11]. Quant aux multinationales US, toute une panoplie d’incitations fiscales est conçue pour qu’elles reviennent sur le territoire US [12]. Etc…

Le Moyen-Orient, que nous étudions en détail dans la suite du numéro (s’abonner), passe sous contrôle régional avec l’émergence sur le devant de la scène d’acteurs puissants, à commencer par l’Arabie Saoudite et Israël, qui doivent encore finir de mettre en place des interactions plus harmonieuses. Leur vision de l’avenir se fait jour, ils ont des projets concrets et une stratégie.

Dans ce vaste mouvement de repositionnement, l’accent sur les dynamiques globales est maintenu : énergie, monnaie, infrastructures de connectivité pour redimensionner les outils de l’économie mondiale à la bonne taille et innerver ce monde multipolaire sont également largement repensés, comme nous le voyons dans ce numéro (s’abonner).

Cette immense réorganisation n’est pas sans provoquer d’inquiétants grincements ici et là. Les risques de conflagration sont loin d’être anodins. Malgré tout, nous faisons un pari d’optimisme sur la base de l’analyse suivante : le niveau de connexion et d’interdépendance du monde sont tels en ce début de XXIème siècle qu’ils permettent de compter sur une « mise en réseau » de cette multipolarité plutôt que de craindre une course au leadership. Comme nous, les « nouveaux autocrates » [13] qui gèrent la transition ont internet !

En matière financière, l’inquiétude est de rigueur également. En avril dernier, les discours alarmistes du FMI annonçaient une gigantesque crise d’ici 2020 liée au niveau d’endettement mondial que dix années de « gestion de la crise » n’ont pas endigué, bien au contraire : doublement de la dette publique US en valeur absolue (de 10 000 à 20 000 milliards de dollars), augmentation de celle de l’UE de 8.000 à 12 000 milliards d’euros, une contribution de la Chine à 40% de l’augmentation de la dette mondiale en 10 ans… Dans ce contexte, les financiers s’inquiètent des tendances au repli protectionniste que les annonces de droits de douanes US sur l’acier et l’aluminium semblent concrétiser. Mais sommes-nous vraiment à la veille d’un nouveau crash financier

Nous posons des éléments de réponse dans ce numéro GEAB 125 / mai 2018. (s’abonner).

Geab n° 125. Paris, le 15 mai 2018

*GEAB est un instrument régulier et abordable d’aide à la décision et à l’analyse destiné à tous ceux pour qui la compréhension des futures évolutions du monde envisagées d’un point de vue authentiquement européen constituent une composante importante de leur travail ou de leur mission : conseillers, consultants, financiers, économistes, chercheurs, experts, dirigeants d’institutions publiques, de centres de recherche, d’entreprises internationales ou de grandes ONG… GEAB est à l’origine du concept de crise systémique globale

Notes

[1Deux Corées, Arabie Saoudite, suprématie militaire et monétaire des Etats-Unis, carcans supra-nationaux…

[2Source : South China Morning Post, 10/05/2018

[3Source : South China Morning Post, 08/05/2018

[4Dont le GEAB annonçait l’arrivée à ses lecteurs dès septembre 2017 en anticipant le caractère irrésistible de ces contrats à terme, y compris pour l’Arabie Saoudite Source : GEAB N°117, 15/09/2017

[5La résolution en cours du dernier bastion de guerre froide, la Corée, donne la main à la Chine sur cette partie du monde. Ainsi l’Empire du Milieu avance-t-il à toute vitesse ses pions en Mer de Chine du Sud sans que plus personne ne prête la moindre attention aux récriminations éventuelles du Vietnam ou autre pays riverain. Les installations militaires chinoises et Mer de Chine du Sud constituent les éléments d’une pax sinesa sur la région venant remplacer la pax americana. Source : JapanTimes, 11/05/2018

[6Source : StraitsTimes, 11/05/2018

[7Pas certain en revanche que le Canada dispose d’une marge de manœuvre suffisante pour ne pas se faire imposer un accord US.

[8Source : AllAfrica, 29/04/2018

[9Source : The Guardian, 05/05/2018

[10Sans l’affaire du gazage de la Ghouta, les troupes US seraient en train de rentrer. Source : Washington Post, 04/04/2018

[11Source : New York Times, 03/05/2018

[12Source : UNCTAD, 05/02/2018

[13Aujourd’hui, tous les grands acteurs géopolitiques se sont dotés de dirigeants forts, à tendance autocratique, parvenant à modifier significativement les programmations de leurs appareils d’état ; en l’occurrence Russie, Turquie, Etats-Unis, Arabie Saoudite, France, Angleterre, Chine, Inde.

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