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14 juin 2017

Gaslight : manipulation mentale d’État et perversion narcissique

 

Exceptionnalisme mis à part, le propos s’applique tout aussi bien à la France, où les techniques de coercition intellectuelle des médias et autres agences de propagande, de relations publiques ou de communication (trois synonymes) sont les mêmes qu’aux USA.


« L’outil de base pour manipuler la réalité
est la manipulation des mots.
Si vous pouvez contrôler la signification des mots,
vous pouvez contrôler les gens qui emploient les mots »
Philip K. Dick


Exceptionnalisme mis à part, le propos s’applique tout aussi bien à la France, où les techniques de coercition intellectuelle des médias et autres agences de propagande, de relations publiques ou de communication (trois synonymes) sont les mêmes qu’aux USA.

« Exceptionnalisme  : état de celui qui est différent de la norme ; également : doctrine considérant le caractère d’une nation, d’un peuple, d’un type de traitement, comme exceptionnel »

Il y a beaucoup de théories sur l’origine de l’exceptionnalisme américain. La plus populaire dans le folklore US, est que le mot se réfère au caractère unique des USA comme pays « libre » fondé sur des idéaux démocratiques et une célébration des libertés civiles. La déclaration d’indépendance de la férule coloniale britannique est le fondement de cette théorie, qui a perduré tout au long de l’histoire souvent violente des USA.

Avec le temps, l’exceptionnalisme en est venu à représenter leur supériorité dans les esprits des Usaméricains. La foi dans leur suprématie économique, militaire et idéologique a motivé les gouvernements successifs des USA à tenter de refaire le monde à leur image, sans considération pour le sillage de destructions laissé par leur hégémonie exceptionnelle.

En se considérant comme exceptionnels, les USA ont renié toute obligation légale d’adhérer au droit international, ou même aux simples lois tacites communes qui devrait gouverner l’humanité. Les USA sont devenus un pays exceptionnellement sans foi ni loi et autoritaire, particulièrement dans l’intolérance de leur politique étrangère néocolonialiste. Les colonisés sont devenus des colonisateurs et cachent leur sauvagerie derrière un vernis de zèle missionnaire selon lequel ils seraient en droit de convertir le monde à leur utopie exceptionnaliste.

L’appareil médiatique & marketing qui soutient ce complexe de supériorité est si puissant que la majorité des membres du Congrès des USA vivent dans sa chambre d’écho, et sont des victimes consentantes de cet endoctrinement. Comme un tourbillon, le pouvoir d’aspiration de la propagande les avale et infecte tout sur son passage. S’extraire de cette perspective oligarchique est considéré comme un acte révolutionnaire qui défie la sécurité nationale, et c’est ainsi que l’exceptionnalisme est devenu le modus vivendi.

« Le fanatisme des élites US est enraciné dans une doctrine moralisatrice et autosatisfaite selon laquelle l’Amérique est « le pays indispensable ». – Paul Craig Roberts

Mais, pourquoi est-ce que le peuple usaméricain accepte l’hégémonisme criminel du pays, sa brutalité intérieure et à l’étranger, le sang versé néocolonialiste sans presque élever de protestations ? Pourquoi est-ce que les vassaux européens ne se lèvent pas contre ce régime autoritaire qui se moque du droit international et entraîne ses alliés de l’OTAN dans le même mépris total du droit et dans l’ignominie diplomatique ?

Qu’est-ce que le « gaslighting » ?

Le terme de psychologie ‘Gaslighting’ vient d’un classique de Hollywood de 1944 intitulé Gaslight [ Le remake en VF se nomme : « Hantise » (1944). de Georges Cukor NDEC]. Le gaslighting désigne une tactique de harcèlement moral employée par des pervers narcissiques. Elle a pour but d’induire une anxiété et une confusion extrême chez les victimes, et de les amener à un point où elles n’ont plus aucune foi dans leurs capacités de pensée, de raisonnement et de jugement. Les techniques du gaslighting ont été adoptées par des agences de renseignement des USA et d’Europe dans le cadre de leurs stratégies de guerre psychologique (psy-ops), et de leurs techniques de torture.

Le gaslighting implique, spécifiquement, la rétention d’informations factuelles et leur remplacement par une information fictionnelle, ou simplement fausse, conçue pour perturber et désorienter. Ce processus subtil et machiavélique finit par miner la stabilité mentale de ses victimes et par les réduire à une telle perte de repères et de confiance en soi qu’elles en deviennent dépendantes de leur harceleur pour se faire dicter quoi penser, et même quelle identité adopter.

Le gaslighting comprend un processus de manipulation et de déstabilisation psychologique en plusieurs étapes. Il se construit sur le temps et consiste en informations répétitives qui s’ancrent progressivement dans le subconscient de la victime, jusqu’à devenir une « seconde nature » qui ne peut plus être surmontée. Pour le dire plus simplement, c’est du lavage de cerveau.

« En général, la première raison du gaslighting est de créer une dynamique où le harceleur contrôle totalement sa ou ses victimes, qui sont si affaiblies qu’elles en deviennent extrêmement faciles à manipuler » – Alex Myles

Les trois étapes du gaslighting

Première étape

La première étape dépend de la confiance dans l’intégrité et les intentions irréprochables du harceleur, une confiance engendrée par une auto-promotion habile et une propagande séductrice de sa part. Une fois cette confiance acquise, le harceleur commence à miner sa victime en créant des situations et un environnement dans lesquels elle va commencer à douter de son jugement. A terme, la victime dépendra psychologiquement du harceleur pour soulager son incertitude et restaurer son rapport avec la réalité, qui de fait, sera devenue la réalité faussaire imposée par le harceleur.

Deuxième étape

La deuxième étape, la défense, est un processus au cours duquel le harceleur isole la victime non seulement de son identité, mais de la validation de ses pairs. Le harceleur fait croire à sa victime que son opinion ne vaut rien, qu’elle n’est pas crédible, ou qu’elle est carrément démente. Dans les cercles politiques, la victime se ferait traiter de complotiste, de factieuse, d’extrémiste, d’apologiste du terrorisme, etc. En conséquence, la victime se retirera de la société et cessera de s’exprimer par peur du ridicule, du jugement des autres ou d’une sanction sociale.

NdT : Elle pourra également répéter comme un perroquet la pensée imposée par le harceleur, qu’elle a dorénavant fait sienne. Le point-clé est qu’elle n’ose plus du tout penser par elle-même. C’est l’origine de « l’esprit de gramophone » dénoncé par George Orwell, autrement dit la pensée unique/formatée/politiquement correcte.

Cette étape peut également être comparée à un syndrome de Stockholm, où un otage ou un prisonnier est réduit, par des jeux de pouvoir mentaux, à une dépendance infantile à son ravisseur ou gardien.

Les maltraitances des pervers narcissiques lient la victime à l’agresseur via un état traumatique. Cette réaction, appelée syndrome de Stockholm, attache la victime à l’agresseur à travers une régression à un état infantile où l’agresseur/harceleur devient le « parent » qui a le pouvoir de sauver la victime d’une annihilation imminente.

Les deux étapes jouent sur les mécanismes de survie de la victime pour en prendre le contrôle.

Ndt  : Dans les cas de maltraitances graves — celles qui induisent des syndromes de Stockholm –, la victime croit réellement que l’agresseur/harceleur a le droit de vie et de mort sur elle, et c’est parfois le cas (prises d’otages, parents maltraitants envers leurs enfants, etc). La victime, dont les facultés cognitives sont faussées par son besoin impérieux de rester en vie, percevra comme un acte de « bonté » et de « grande générosité » le simple fait que l’agresseur choisisse de lui laisser la vie et éprouvera une gratitude sans borne envers son bourreau. C’est un état traumatique grave, qui persiste après la disparition du danger et nécessite une prise en charge psychiatrique. Dans le cadre de la propagande omniprésente et de la pression sociale décrit par Vanessa Beeley, il ne s’agit pas à proprement parler d’un syndrome de Stockholm, mais toutes proportions gardées, le mécanisme en est similaire : si la victime – ici, chacun des membres de la société – ne se sent pas menacée d’annihilation, une autre peur instinctive puissante entre en jeu, celle de l’exclusion sociale.

Troisième étape

L’étape finale est la dépression. La vie sous la férule tyrannique d’un pervers narcissique engendre un état de confusion extrême chez la victime. Elles sont dépossédées de leur dignité et de leur indépendance. Elles vivent dans une privation d’informations uniquement compensée par ce que le harceleur considère acceptable ou pertinent. Cela peut même amener des états de stress post-traumatiques : des flashbacks, une appréhension constante, une paralysie des facultés mentales, une hypervigilance, de la rage et même de la violence. Le processus est complet : la victime a été réduite à être complice de la réalité déformée créée par le harceleur.

Exceptionnalisme ou narcissisme ?

Nous voyons en ce moment la transformation de l’exceptionnalisme en harcèlement de pervers narcissique. L’appareil monumental de manipulation mentale et de contrôle des masses a été passé en mode turbo pat l’élite dirigeante. Nous sommes inondés par une propagande qui défie notre sens de la réalité après avoir été déstabilisés par un facteur, la peur. Peur du terrorisme, peur de la guerre, peur de l’insécurité financière, peur de nos propres ombres. Une fois que nous tremblons comme il convient, arrive une version faussaire de la « réalité » servie par les médias. Si nous mettons cette version de la « réalité » en doute, nous sommes étiquetés complotistes, une menace à la sécurité. Nous sommes harcelés, discrédités, diffamés et tournés en ridicule. Nous sommes isolés et menacés.

NdT : « complotistes » ou « racistes, sexistes, xénophobes, factieux, extrémistes, rouges-bruns », etc. Que ce soit vrai ou non importe peu, le tout étant d’effrayer, d’humilier et de faire douter les victimes de leur jugement ou de leurs opinions.

Les guerres sont démarrées de la même façon. Malgré l’expérience historique qui devrait nous permettre de les voir venir, le processus entre en action avec un succès à chaque fois renouvelé : le dictateur ubiquitaire, l’oligarque qui menace de détruire tout ce que les USA et ses alliés représentent, la liberté, l’égalité & les droits civiques emballés dans le papier-cadeau de la Démocratie, et ornés du ruban de l’exceptionnalisme.

Ensuite viennent l’attaque sous faux drapeau pour engendrer de la peur, de la terreur et fomenter des conflits internes, puis le soutien à une « révolution » indigène organique et « légitime » qui émerge commodément au moment où les USA cherchent à imposer leur modèle à un pays-cible, les armes distribuées aux « combattants de la liberté » et l’emploi de mercenaires ajoutés à ces forces par procuration. Tout cela est vendu au nom de la liberté et de la démocratie à un public déjà plongé dans un état d’anxiété et d’insécurité, et qui manque donc de jugement et de capacités à s’extraire de la fausse réalité créée par leur « harceleur ».

Le déploiement du complexe des ONG humanitaires

Finalement, les humanitaires entrent en jeu. Les forces du « bien », l’avant-garde de l’intégrité et de l’intervention éthique. C’est un baume pour les âmes blessées qui regardent tout cela à la télévision. Elles savent pouvoir abandonner leurs doutes et leurs craintes quant au travail expert d’entités aussi dignes de confiance que Human Rights Watch ou Amnesty International. Leur sentiment de culpabilité devant la souffrance infligée à des peuples de pays lointains s’apaise, parce qu’elles savent pouvoir peuvent faire confiance aux ONG. Elles ne réalisent pas que les ONG font partie intégrante de l’appareil de leur harceleur : elles sont tenues en laisse par les financements néocolonialistes dont elles vivent. Les ONG fournissent l’angle à travers lequel le harceleur va permettre à la victime de percevoir le monde, et une fois ce prisme faussé accepté, la dissonance cognitive de la victime l’empêchera de tenter de s’évader de sa prison mentale.

Dans cet état d’oppression de conscience, les victimes acceptent ce qu’on leur dit. Elles acceptent que les USA vendent à l’Arabie Saoudite des bombes à fragmentation qui oblitèrent des vies humaines et détruisent des infrastructures civiles au Yémen. Elles acceptent la « nécessité » d’imposer un blocus au Yémen, un pays déjà très pauvre et en état de famine, pour résoudre des questions de sectarisme qui n’existent que dans les esprits de leurs harceleurs du Congrès des USA.

La majorité desUsaméricains acceptent la dévastation de masse sous le prétexte du « droit à protéger », parce que leur capacité à se forger des opinions rationnelles et argumentées leur a été retirée. Ce qui représente aujourd’hui le trait de caractère principal de l’exceptionnalisme américain est sa capacité à manipuler le monde pour lui faire accepter son mépris du droit et son agenda hégémonique mondial. Ils ont employé une forme reconnue de torture mentale pour s’assurer d’une capitulation à leur mission de domination mondiale qui implique des tortures mentales, physiques et spirituelles pour les populations civiles des pays ciblés.

NdT : la notion de « droit à protéger » ou de « responsabilité de protéger » (R2P), a été inventée par un célèbre propagandiste américain de gauche libérale, Walter Lippmann (1889-1974) sous le nom « interventionnisme humanitaire ».

En conclusion, les USA ont en effet réussi à être exceptionnels. Les USA sont devenus un bourreau mondial exceptionnel et un persécuteur de l’humanité. Le mot impérialisme est un euphémisme pour décrire les abîmes d’agressivité infligés par les USA aux peuples de cette planète.

Notre seul espoir est de briser le cycle de ces abus en gardant de l’empathie pour ses victimes et une juste appréciation du lavage de cerveau qui précède leur insupportable apathie envers les crimes perpétrés « en leur nom ».

Il y a un e-mail que j’ai récemment reçu d’une courageuse jeune fille américaine dont l’éveil de la conscience témoigne de la résilience et de l’instinct de survie de l’esprit humain.

« Mon nom est Caroline et je suis une citoyenne US de 22 ans. J’ai découvert récemment la vérité sur les activités de l’empire/OTAN en Syrie et en Libye, et dans beaucoup d’autres pays (grâce à des auteurs comme Andre Vltchek, Cory Morningstar, Forrest Palmer). Je suis écoeurée quand je me rappelle avoir signé quelques-unes de ces pétitions d’Avaaz, et je suis horrifiée de savoir que j’ai du sang syrien et libyen sur les mains. Je veux croire que je ne suis pas « vraiment » coupable parce que je pensais vraiment (comme on me l’avait dit) que je ne faisais pas quoi que ce fût de mauvais à ce moment, mais quoi qu’il en soit, j’ai contribué à la souffrance de ces gens et je veux faire quelque chose pour compenser, au moins à un petit niveau, même si je ne pense pas pouvoir payer le prix de ma faute ou effacer mon crime.
Si ce n’est pas trop vous demander, pourriez-vous, s’il vous plaît, me dire s’il y a quelque chose que je peux faire ? »

Elle mérite une réponse…

Vanessa Beeley pour 21st Century Wire et Information Clearing House

Original : « Gaslighting : State Mind Control and Abusive Narcissism »

*Vanessa Beeley écrit pour 21WIRE et depuis 2011, elle passe le plus clair de son temps au Moyen-Orient pour y réaliser des reportages – en tant que chercheuse indépendante, auteur, photographe et activiste anti-guerre.

Traduction Entelekheia

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