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24 novembre 2013

Entériner la bulle : Le dollar du marché noir au Venezuela

par Mark Weisbrot *

 

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Les bulles d’actifs sont aussi vieilles que le marché. Elles peuvent avoir différentes origines et détails historiques, mais la dynamique centrale est relativement simple : les gens achètent quelque chose parce que son prix augmente et parce qu’ils croient qu’il va continuer à augmenter. Ce qui élève encore plus le prix et persuade davantage de personnes d’en acheter pour les mêmes raisons. Jusqu’à ce que la réalité s’en mêle et la bulle s’effondre.

La situation ainsi décrite pour le Venezuela est aussi applicable à l’Argentine où le cours au marché noir du dollar s’est envolé ces derniers mois sans raisons objectives, poussé par la formation d’une bulle dont devraient se méfier les spéculateurs, qui devraient tirer les leçons du passé. Note de El Correo

Au cours des deux dernières décennies, les États-Unis ont expérimenté deux de ces bulles d’actifs les plus importants de l’histoire mondiale : la bulle sur le marché des valeurs, qui a éclaté entre 2000 et 2002, et la bulle immobilière, qui a éclaté en 2006. Les deux ont eu de graves conséquences : les deux ont provoqué des récessions après avoir éclaté, et la bulle sur le marché du logement a causé la Grande Récession, notre pire récession depuis la Grande Dépression.

Ces bulles ont aussi été particulièrement douloureuses pour les personnes qui ont acheté ces actifs pendant ou près du moment où les bulles ont atteint leur point maximum, et plusieurs d’entre elles ont perdu leurs logements quand la bulle immobilière a éclaté.

Considérons maintenant une bulle d’actifs récente : au Venezuela une bulle existe sur le marché noir des dollars, qui selon l’information disponible, a atteint jusqu’à présent environ 59 bolivars forts (Bs. F.) par dollar, contre 18 Bs. F. en janvier. Le taux de change officiel est à 6,3 Bs. F et il y a un autre taux de change qui est établi d’après les ventes aux enchères du gouvernement, qui, comme selon nos informations est d’environ 12 Bs. F (http://www.elmundo.com.ve/noticias/economia/politicas-publicas/dolar-entre-bs--10-y-12-desata-fiebre-en-sicad.aspx)

Pourquoi le prix du dollar est-il monté si rapidement sur le marché noir récemment ?

La raison principale est que les gens espèrent que ce prix continue à monter, de la même façon que les Usaméricains espéraient que le prix du logement continue de monter aux États-Unis en 2006. Mais il n’y a pas de raison crédible pour que cela arrive. Il est certain que l’inflation a augmenté pendant la dernière année, mais l’augmentation ne s’est pas accélérée et même a été stable. Elle a atteint son point maximum en mai, en se situant à 6,1 % ce mois là, pour ensuite tomber jusqu’à 3% en août. Depuis ce temps-là, elle est remontée jusqu’à 4,4 % en septembre et 5,1 % en octobre, mais il est clair qu’il ne s’agit pas d’une scène d’hyperinflation.

Le gouvernement dit qu’il n’a pas de plans de dévaluation, mais même s’il laissait flotter la monnaie de manière complètement libre en ce qui concerne le dollar, on n’atteindrait jamais un niveau proche du taux de change sur le marché noir. Dès qu’un Vénézuélien achète maintenant des dollars sur le marché noir parce qu’il pense que c’est une réserve de valeur, ou comme protection contre l’inflation, il alimente l’idée qu’il y a une bulle. C’est comme acheter des actions du NASDAQ aux Etats-Unis. quand celui-ci atteignait un niveau de 5 050 en mars 2000. (Il est tombé ensuite tomber jusqu’au niveau de 1 140 en octobre 2002 et se trouve maintenant à 3 860, plus de 10 ans après).

Bien sûr, toutes les bulles produisent des arguments populaires pour acheter. Rappelons-nous la « nouvelle économie » qui aux Etats-Unis a été utilisée pour justifier des prix sans aucune relation avec la réalité sur le marché des valeurs ? Au Venezuela, beaucoup de personnes pensent qu’ils réalisent un pari sûr qu’ils ne peuvent pas perdre quand ils achètent des dollars. Ces personnes auront une grosse surprise quand la bulle éclatera.

Mark Weisbrot pour CEPR

Português : Folha de São Paulo, 13 novembre 2013
English : Huffington Post, 13 novembre 2013.

CEPR. Washington, 13 de noviembre de 2013.

*Mark Weisbrot il est co-director du Center for Economic and Policy Research à Washington, D.C. Et il est aussi président du Just Foreign Policy.

Traduit de l’espagnol El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 24 novembreb 2013.

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