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25 août 2014

Droits de l’Homme en argentine.
Quels lieux pour la mémoire collective ?

par Claude Mary *

 

En 2004, sous la présidence de Nestor Kirchner, le Secrétariat aux Droits de l’Homme et la Ville de Buenos Aires demandent aux organismes de défense des Droits de l’homme, à l’association d’ex-détenus-disparus sous la dictature, ainsi qu’à des architectes de réfléchir à un projet pour transformer en lieu de mémoire l’un des pires centre de détention-disparition de la dictature (1976-1983). Située dans un des quartiers huppés de la capitale, l’Ecole de Mécanique des officiers de la Marine (ESMA) venait d’être sauvée de la démolition, grâce à un recours en justice déposé par deux femmes, victimes de la répression, Graciela Loïs et Laura Bonaparte (voir http://www.lepetitjournal.com/sortir/decouvrir-buenos-aires/42269-visite-guid--lesma-un-lieu-de-mire.html)

Plusieurs projets sont alors présentés afin de préserver la ESMA, comme témoignage matériel du génocide perpétré en Argentine dans les décennies 70 et 80. Au fil des ans, des organismes tels que les Mères de la Place de Mai, les HIJOS (Enfants de disparus pour l’Identité, la Justice contre l’Oubli et le Silence) investissent les bâtiments pour les transformer en lieux de transmission d’une mémoire collective et de formation aux problématiques des Droits Humains. Les Grands-Mères de la Place de mai y fondent leur « Maison pour l’identité ». Le Centre Culturel de la Mémoire Haroldo Conti, également important centre d’archives, ouvre ses portes aux artistes et à de nombreux événements internationaux.

Parmi les projets de réaménagement, celui d’un architecte argentin formé à New York avec Emilio Ambasz, Juan Coll Benegas. Lycéen dans ces années de plomb, Juan a alors perdu l’une de ses sœurs, militante engagée et des amis, dans l’année 1975 et continué ses études à l’étranger, notamment au Brésil, Mexique et Etats-Unis. « Concevoir un projet en relation avec cette période a joué pour moi comme une importante réparation personnelle, notamment pour faire le deuil de ma sœur avec qui j’étais très lié. » Dans son projet, les grilles actuelles entourant le site sont abolies et remplacées par des bassins où court de l’eau. L’accès des visiteurs est prévu par des passerelles qui enjambent les canaux symbolisant l’inondation que représentent la « violation des droits humains universels (…) les passages souterrains renvoient aux veines qui doivent remplies. La mémoire a un corps. Les systèmes de ventilation évoqueront l’asphyxie subie par les disparus jetés vivants dans le Rio de la Plata ».

C’est autour de ce projet que s’est cristallisée l’exposition « Apparition de la mémoire », aujourd’hui accessible au public dans l’un des édifices de l’Université Nationale de Lanús (UNLa), jusqu’au 13 septembre 2014, avec probablement un destin itinérant dans les provinces argentines. L’exposition propose des textes de la journaliste et écrivain Stella Calloni, de l’éditorialiste Luis Bruschtein et de la psychanalyste Adriana Abeles, présidente de la Fondation « Campos del Psicoanalisis ». Pour Juan Coll, « l’époque de la dictature nous a dépossédés des êtres que nous aimions, mais aussi de la parole. Aujourd’hui, c’est important pour moi de redonner un lieu aux mots qui nous avaient été dérobés » Ainsi confluence de l’art et des mots, l’exposition qui lui est dédiée, rejoint aussi la figure emblématique de Laura Bonaparte, qui exerça en tant que psychologue dans le service d’avant-garde de Santé mentale du Dr. Mauricio Goldenberg, dans l’Hôpital Polyclinique de cette commune.

« Apparition de la Mémoire » - Edifice Juana Manso – du 13 août au 13 septembre 2014

Textes : Stella Calloni, Luis Bruschtein, Adriana Abeles, Claude Mary

Claude MARY pour El Correo depuis Buenos Aires.

El Correo. Paris, le 25 août 2014.

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