recherche

Accueil > Empire et Résistance > BRICS > Dédollarisation, approche technique ou approche géostratégique

11 juillet 2014

Dédollarisation, approche technique ou approche géostratégique

 

Nous avons plusieurs fois exposé [1] les enjeux que représenterait un accord entre la Russie et la Chine pour, dans un premier temps, négocier des contrats en matière pétrolière ou agricole faisant appel, non au dollar, mais aux monnaies de ces pays, le rouble et le renminbi (yuan). Ces devises seraient liés par des accords entre les banques centrales nationales visant à fixer des taux d’échanges fixes et pour une période d’au moins quelques années [2].

Si cette démarche s’étendait à l’ensemble des relations russo-chinoises, celles-ci échapperaient aux variations de taux de change soumises à spéculation sur les marchés internationaux des changes. Autour de ce premier noyau, d’autres pays, notamment ceux du BRICS, pourraient choisir, concernant leurs échanges internes, de rejoindre la nouvelle unité de compte commune.

Il se constituerait ainsi une zone monétaire (que nous appellerons pour simplifier zone roren) qui constituerait une alternative aux deux grandes zones se partageant aujourd’hui le monde, la zone dollar et la zone euro. Mais dans quel contexte géopolitique faudrait-il placer ces accords futurs entre la Russie et la Chine, étendus éventuellement aux autres BRICS. Serait-ce un simple accord technique visant à faire échapper les contrats concernés, soit aux variations spontanées des marchés des changes, soit, d’une façon plus politique, aux interventions de la banque fédérale de réserve américaine (FED) visant, notamment par une création de billets verts à la demande (quantitative easing) la déstabilisation au profit des banques américaines de l’ensemble les échanges économiques mondiaux libellés en dollars – sans mentionner les facilités données à l’Administration fédérale américaine pour vivre à crédit sans se préoccuper des dettes ainsi encourues à l’égard des marchés financiers.

Ceux-ci opèrent pour le moment encore essentiellement en dollars et se sont montrés jusqu’à ce jour toujours prêts à acheter des bons du trésor américains, compte tenu des garanties apportées à leurs yeux par la puissance économique et financière gravitant autour de Wall Street. Les premiers à souscrire des bons du trésor usaméricains étaient comme l’on sait les épargnants chinois.

Or les choses pourraient changer si les Pays du BRICS, notamment lors de la réunion prévue pour la mi-juillet, décidaient de s’accorder pour libeller leurs échanges internes en roren. Non seulement la zone roren pourrait ainsi officiellement entrer sur le marché des changes, mais elles attireraient certainement des épargnants investissant jusqu’ici en dollars. Il s’agirait ainsi de la concrétisation de la dédollarisation du monde annoncée par certains experts russes, et déjà largement commenté [3].

Notre commentaire

Il faut lire les sources citées ici en note. Mais nous pourrions ajouter ceci pour notre compte :

1) Il conviendrait d’ores et déjà que les Européens soutiennent les pays du BRICS dans leurs efforts pour échapper à la suprématie du dollar [4]. Ce soutien devrait d’abord émaner des gouvernements, mais ne nous faisons pas trop d’illusions à ce sujet. Il pourrait aussi venir des opérateurs européens, choisissant de contacter en roren, d’abord dans leurs opérations au sein de la zone BRICS, ensuite pourquoi pas, plus largement avec le reste du monde. La BNP, avertie désormais des risques politiques découlant d’opérer en dollars sur les marchés internationaux, choisira peut-être à l’avenir d’autres monnaies de référence.

2) Nous avons précédemment souligné, notamment dans les articles cités ci-dessous, que la future zone roren ne prendrait l’importance que ses promoteurs espèrent lui donner dans un affranchissement à l’égard du dollar que si la zone euro décidait de s’associer à la démarche. La zone euro est bien plus importante, au niveau mondial, que le ne serait la future zone roren. Si des accords entre la Banque centrale européenne, repris par les banques centrales nationales ; étaient conclus avec les pays du BRICS, ceci ne pourrait que bénéficier aux échanges et la coopération entre ceux-ci et les pays européens.

Il ne s’agirait pas de définir une monnaie commune, mais de définir pour le moyen et long terme des fourchettes de variation de niveau de change, domaine par domaine, donnant aux opérateurs des garanties les mettant à l’abri des manœuvres spéculatives du marché international et, bien sûr aussi, d’actions offensives déterminées provenant de la FED et du gouvernement américain (telles que celle dont a souffert la BNP française). Certes, ce ne sont pas des décisions souveraines des banques centrales qui déterminent les cours au niveau mondial, mais elles peuvent néanmoins jouer un rôle important, surtout si elles sont soutenues par des actions de coopération entre gouvernements concernés.

3) Ainsi se concrétiserait, dans un domaine très important, l’ensemble politique et économique euroBRICS que beaucoup, dont nous-mêmes ici, souhaitent la mise en place. Mais il ne faut pas se faire d’illusion. Ni les gouvernements européens, ni les institutions de Bruxelles, ne sont pas encore prêts à s’affranchir en quelque façon que ce soit des diktats imposés par Washington [5]. La BCE ne prendra dont pas de mesures délibérées pour jouer le rôle qu’elle devrait tenir : d’une part imprimer des euros pour répondre aux besoins d’investissements des pays européens, d’autre part conclure des accords de type Swap avec les banques centrales du BRICS.

Ceci d’autant plus que, non sans raisons d’ailleurs, les autorités américaines présenteront à leurs homologues européennes la dédollarisation ainsi esquissée comme une véritable déclaration de guerre à l’égard de la suprématie américaine. Il semble qu’aujourd’hui encore, en Russie, Vladimir Poutine hésiterait à franchir ce pas, même en réponse aux sanctions dont l’ « Occident » ne cesse de le menacer. On imagine sans peine la panique qui saisirait alors l’establishment européen si cette perspective d’affrontement avec le « grand allié » américain se précisait.

Jean-Paul Baquiast pour Defense.org

Defense.org. Belgique, le 6 juillet 2014

Complement d’information :

DES BRICS A L’ALLIANCE ANTI-DOLLAR

Une fois bouclée la Coupe du Monde, le Brésil reçoit les BRICS, les 14-16 juillet, pour un sommet qui est présenté en général comme très important. La Russie, depuis l’arrivée à maturité de la crise ukrainienne, en a fait (des BRICS comme de ce sommet) un de ses chevaux de bataille dans son offensive (...)
Seguir leyendo

Notes

[2Accords de swap. Voir pour la définition de ce terme.

[3Voir Europe solidaire, Une coalition anti-dollar.

[4Voir notamment Philippe Grasset, Des BRICS à l’alliance anti-dollar (3 juillet 2014). Cet article commente un article précédent de Voice of Russia, traduit en français par Jacques Bellanger pour le compte de http://www.vineyardsaker.fr. Nous l’en remercions en ce qui nous concerne.

[5Nous verrons ce qu’il en est, dans l’immédiat, en ce qui concerne les négociations américano-européennes sur le TAFTA. Nous avons tout lieu de nous attendre au pire, c’est-à-dire à une démission des Européens face à l’Amérique. Il en sera ainsi fini des perspectives de rapprochement entre la zone euro et les pays du BRICS, y compris dans le domaine des monnaies évoqué ici.

Retour en haut de la page

El Correo

|

Patte blanche

|

Plan du site

| |

création réalisation : visual-id