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30 mai 2002

Coup d’Etat au Venezuela : Un crime parfait !

 

Revenons sur le coup d’Etat du 11 avril, au Venezuela, contre le président Hugo Chavez (1). Celui-ci a vite été rétabli dans ses fonctions, mais les leçons de ce putsch singulier -véritable cas d’école- sont loin d’avoir été tirées. Elles paraissent indispensables pour tenter d’éviter le nouveau soulèvement militaire qui s’annonce à Caracas...

Par Ignacio Ramonet

Ce qui stupéfie, tout d’abord, c’est la quasi-absence d’émotion internationale devant le forfait commis contre un gouvernement qui conduit, dans le plus grand respect des libertés, un programme modéré de transformations sociales et incarne l’unique expérience de socialisme démocratique en Amérique latine.
Il est donc affligeant de constater que les partis sociaux-démocrates européens, dont le Parti socialiste français, sont restés silencieux durant le bref écrasement des libertés au Venezuela. Et que certains de leurs dirigeants historiques, comme M. Felipe Gonzalez, ont même eu l’indécence de justifier le putsch (2), n’hésitant pas à s’associer à l’euphorie que manifestèrent le Fonds monétaire international, le président des Etats-Unis et le premier ministre espagnol, M. José Maria Aznar, président en exercice de l’Union européenne...

En Amérique latine, le dernier renversement par l’armée d’un président élu remontait à septembre 1991, lorsque, en Haïti, M. Jean-Bertrand Aristide fut déposé. La guerre froide étant finie, on croyait que Washington avait mis fin à l’esprit de l’« opération Condor » (3) qui, durant les années 1970 et 1980, au nom de l’anticommunisme, favorisa l’installation de dictatures en Amérique du Sud. On pensait que toute conspiration contre des régimes issus d’élections libres serait condamnée.

Depuis le 11 septembre 2001, l’esprit guerrier qui souffle sur Washington semble avoir balayé ces scrupules (4). Désormais, comme l’a dit le président George W. Bush, « qui n’est pas avec nous est avec les terroristes ». Et M. Chavez était décidément trop indépendant. N’avait-il pas réactivé l’OPEP, ce cartel des exportateurs de pétrole, bête noire de Washington ? N’avait-il pas rencontré M. Saddam Hussein ? Ne s’était-il pas rendu en Iran et en Libye ? N’avait-il pas établi des liens normaux avec Cuba ? N’avait-il pas refusé de soutenir le plan Colombie contre les guérillas ?
Il était devenu l’homme à abattre. Mais Washington ne pouvait le faire à la manière sanglante d’autrefois. Celle employée, par exemple, en 1954 au Guatemala, en 1965 à Saint-Domingue ou en 1973 au Chili. Chargé de ce dossier, M. Otto Reich, sous-secrétaire d’Etat aux affaires interaméricaines, a observé qu’au cours de la dernière décennie, bien qu’il n’y ait pas eu de coup d’Etat, six présidents latino-américains démocratiquement élus ont été renversés - le dernier d’entre eux fut M. de la Rua en Argentine. Pas par l’armée, par le peuple.

Tel sera donc le modèle adopté pour renverser M. Chavez. D’abord, une coalition de nantis - rassemblant l’Eglise catholique (représentée surtout par l’Opus Dei), l’oligarchie financière, le patronat, la bourgeoisie blanche et une centrale syndicale corrompue - se rebaptise « société civile ». Ensuite, les propriétaires des grands médias établissent entre eux un pacte mafieux et s’engagent à soutenir les campagnes que chacun lancera contre le président au nom de la défense de la « société civile »...
Ne reculant devant aucun mensonge, les médias vont chauffer à blanc l’opinion publique en assénant une idée fixe : « Chavez est un dictateur », certains n’hésitant pas à affirmer, alors qu’il n’y a pas un seul prisonnier d’opinion : « Chavez, c’est Hitler (5). » Et en martelant un même mot d’ordre : « Il faut le renverser ! »
Alors que leurs propriétaires conspirent pour abattre un président démocrate, les médias se grisent de termes comme « peuple », « démocratie », « liberté »... Ils organisent des manifestations de rue, transforment la moindre critique gouvernementale les concernant en « atteinte grave contre la liberté d’expression » qu’ils dénoncent auprès d’organismes internationaux (6), réinventent la grève insurrectionnelle et encouragent l’assaut contre le palais présidentiel et le coup d’Etat...

Emportés par leur penchant naturel pour la propagande (lire l’article d’Edgar Roskis), les médias ont confondu le peuple virtuel, au nom duquel le coup d’Etat du 11 avril fut commis, et le peuple réel, qui ramena en moins de quarante-huit heures M. Hugo Chavez au pouvoir. Leur repentance a été de courte durée. Avec une férocité redoublée, profitant d’une insolite impunité, les médias vénézuéliens poursuivent en ce moment, à coups de mensonges et d’intox, la plus grande opération de déstabilisation jamais menée contre un gouvernement démocratique.

Dans l’indifférence générale, ils veulent cette fois réussir le crime parfait...

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