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28 de junio de 2013

Compañera Laura Bonaparte

por Claude Mary *

 

Figure de proue des Mères de la Place de Mai, Laura Bonaparte nous a quittés, dimanche 23 juin, après 88 ans d’une vie de combat pour la vérité et la justice, traversée par une « douleur sans nom », par de grandes amitiés, des éclats de voix et de rires, et une joie de vivre jusqu’à ces derniers moments.

Lors de notre première rencontre en 1998, elle m’avait parlé pendant presque une heure, de son histoire. Pour avoir lu des articles d’elle, j’en connaissais des fragments. Mais je n’avais alors certainement pas mesuré l’ampleur de la tragédie de sa vie, une seule vie et tant d’épreuves.

J’étais jeune journaliste en Argentine, portée par un enthousiasme dans la découverte d’un pays immense et venait d’être contactée par une maison d’édition pour écrire l’histoire d’une femme argentine en relation avec celle de son pays.

L’histoire de Laura Bonaparte puise ses racines dans la Province d’Entre Ríos, à Concordia où elle est née en 1925, puis à Paraná où son père, Guillermo Bonaparte, socialiste, est nommé juge. Chargé de réformer l’institution judiciaire, il entreprend aussi une remodélation de la prison, qu’il débarrasse de ses hauts murs et grilles. Il cherche à humaniser le milieu carcéral en y ouvrant des ateliers d’apprentissage. Laura, sa mère et ses sœurs y donneront ainsi des cours d’alphabétisation et de cuisine. Pour l’adolescente de 13 ans, c’est un temps fort de sa vie, aux côtés d’un père intègre et humaniste. C’est là qu’elle forge sa conscience politique et sociale. Puis lorsqu’elle se marie à un jeune biochimiste, elle découvre en même temps la capitale où naissent ses quatre enfants, tandis qu’elle mène de front des études de psychologie.

Autre temps fort d’épanouissement professionnel, dans les années 70, lorsqu’elle travaille dans l’hôpital-école de Mauricio Goldenberg, l’un des plus prestigieux psychiatres de l’époque. Mais c’est à la veille des années de plomb et ses enfants, tous alors engagés politiquement, sont inéluctablement rattrapés par la répression. Luis, journaliste, l’aîné de la fratrie, s’est exilé à Mexico avec sa famille. Mais sa fille, Noni, est assassinée en décembre 1975. Désespérés, Laura et son mari intentent alors un procès aux Forces Armées mais vient le coup d’Etat du 24 mars. Au plus fort de la dictature, trois de ses enfants et leurs conjoints, son mari, sont « disparus » par la Junte du général Videla.

« Tu sais, ma vie est démesurée. Moi seule, je ne pourrais pas la narrer », me confiait Laura, lors d’un premier entretien. Et mes questions : mais comment as-tu résisté ? Où ? Sa réponse rassemblée en un mot : solidarité.

A Mexico, « son refuge » selon les mots de son amie, la journaliste et écrivain Stella Calloni qui écrit dans le quotidien La Jornada cette semaine : « Elle s’était construit un foyer avec ces couleurs et souvenirs mexicains qui font partie de la vie de tous les exilés qui passèrent par cette nation. »

Solidarité des femmes mexicaines, des féministes françaises qui la soutenaient. Et la solidarité que Laura elle-même manifestait en retour aux réfugiés d’Amérique Centrale, avec Amnesty International. Elle fait campagne pour que la « disparition » soit reconnue comme crime contre l’humanité. De retour en Argentine en 1985, elle intègre le Mouvement des Mères de la Place de Mai, toujours en première ligne sur le front des manifestations, soutient les mouvements féministes, celui des travestis. Elle continue de donner des conférences, écrit un roman, des contes qui sont portés au théâtre. « Cohérence dans l’action politique, dans la psychanalyse, dans la solidarité, dans les droits de l’homme, dans l’amitié » lui rend hommage l’écrivain Tununa Mercado, qui l’a connue dans l’exil mexicain. Autre hommage à Buenos Aires, celui de Martín Fresneda, secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme pour qui « la douleur que nous ressentons au départ de notre compañera, nous le transformerons en espoir, pour la garder dans notre souvenir et continuer sa lutte ».

Organisée par ses amis et proches du Mexique, une cérémonie d’adieu aura lieu lundi 1er juillet, à Mexico, à 18h30, à la Maison-Refuge Citlaltépetl.

Claude MARY pour El Correo depuis Buenos Aires

*Claude MARY. Journaliste. Correspondante (à Buenos Aires)

El Correo. Paris, le 28 junio 2013.

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