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16 décembre 2010

Bilan de la politique d’éducation 2010 en Argentine :
Mille écoles, etc.

par Eduardo Blaustein

 

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La multiplication des ressources et ses conséquences : plus d’infrastructures et une meilleure connectivité, rétablissement des écoles techniques, amélioration des salaires des enseignants et beaucoup plus de bourses, dans les universités aussi.

Les trois millions de netbooks du plan national d’inclusion digitale, visant à nourrir les réseaux informatiques éducatifs, s’ajoutent au développement de contenus propres au pays basés sur des critères propres au pays. De même que plus de mille écoles construites de a à z au cours du cycle 2003-2010. La résurrection de tout un immense système qui avait défailli pour cause d’inanition, du ménémisme ou de l’ajustement : le système des écoles techniques. Multiplication des ressources destinées à l’éducation, universités incluses. Multiplication aussi des bourses pour tout le monde, à tous les niveaux. Des salaires qui dans le cas des enseignants universitaires, certaines fois, et toujours au cours du cycle 2003-2010, ont été quintuplés. Comme conclusion ou comme explication, les données principales que le gouvernement a l’habitude de mettre en avant : de 3,86% du PIB en 2003 (contre 5% pour le paiement de la dette extérieure), l’investissement pour l’éducation est passé à 6,46% du PIB (contre 2% pour le paiement de la dette extérieure).

L’inauguration par Cristina Fernandez de la millième école, baptisée « Néstor Kirchner », dans un village de la province de San Juan (pendant que le ministre Alberto Sileoni faisait de même avec la 1002ème à Sumampa dans la province de Santiago del Estero, et Daniel Scioli avec la 1001ème à Cañuelas) permet non seulement de faire un bilan de la gestion de l’éducation mais aussi de mettre en relief les différences des discours et des approches. S’il existait il y a quelques mois encore une hégémonie des discours qui associaient le kirchnérisme quasi exclusivement à la barbarie, à un populisme primitif de périphérie, à un cadre de clientélisme dans lequel nos pauvres ne sont rien de plus que des otages condamnés à ne jamais êtres des citoyens, les faits réels des politiques éducatives démontrent exactement le contraire. Si la construction d’établissements scolaires n’était pas suffisante et si l’investissement public destiné aux infrastructures de l’éducation ne constituait à peine qu’un appendice tolérable du péronisme, les programmes massifs d’inclusion digitale sont quant à eux suffisamment éloquents. Mais pas seulement du fait plus ou moins superficiel que chaque enfant reçoive un gadget à écran couleur sous la forme d’un ordinateur, mais parce que, progressivement, on est en train de doter ces plans d’un ensemble de politiques articulées, qui donnent par ailleurs plus de sens et un potentiel stratégique à conectarIgualdad.

Après la distribution de trois millions de netbooks à partir de cette année jusqu’en 2012, on travaille aujourd’hui, par exemple, sur la production de contenus concernant l’histoire de l’Argentine, d’un point de vue argentin, avec des enseignants et des chercheurs argentins. Le développement de contenus propres au pays, avancés et alternatifs à ceux que l’on connaissait est un aspect plus qu’intéressant et précieux qui va au-delà la remise du « nouveau joujou » que les jeunes pourraient simplement utiliser pour chatter ou pour « copier-coller » tout et n’importe quoi. Une mauvaise habitude qui a duré trop longtemps dans les écoles - et dans le journalisme -. Miser sur la production et la génération de contenus propres au pays implique le dépassement de certaines dépendances culturelles et de l’utilisation simpliste de l’internet, un espace pas aussi merveilleux, égalitaire, transparent ou démocratique qu’on le dit, selon ce que l’on peut en voir depuis le Sud.

Construire à tour de bras. Selon les informations données par le site web du ministère de l’Education, on a construit 1028 établissements scolaires entre 2003 et 2010. Aujourd’hui, 846 autres sont en cours de construction. Lorsque l’on a parlé du plan 700 écoles, et pour appuyer ce chiffre impressionnant, le gouvernement a ouvert un site web pour que les quelques citoyens légitimement suspicieux puissent vérifier par eux-mêmes que les 700 écoles étaient bien 700, une photo pour chacune d’elles à l’appui. Vous pouvez aller vérifier vous aussi si vous vous méfiez de la longue liste qui fournit les établissements, les inaugurations et le plan des travaux, terminés ou à venir, par province, département et localité. Les premières écoles construites furent celles de La Mantanza et les dernières celles de Santa Clara et de Villa Gesell. Entre ces réalisations, une multitude de localités réparties dans tout le pays ont elles aussi bénéficié de la construction d’établissements : de la ville de Buenos Aires à Florencio Varela, de Curuzu Cuatia à Quilmes, de San Fernando à Chivilicoy. Mais aussi 3 de Febrero, Lomas de Zamora, Berazategui, Marcos Paz, Córdoba, la communauté Mby Guaraní , Chaco, Wilde, Lanus, General Pinto, Concordia, Tandil, Obrera, ou encore Las Heras. L’investissement en infrastructures scolaires, c’est-à-dire toutes les écoles construites, retapées ou agrandies, s’élève à 5 412 851 285 AR$ (1 023 492 890 €).

Quand en septembre 2005 la Loi d’Education technico-professionnelle (Ley de Educación Técnico Profesional) a été instaurée, on a créé un fonds financier pour « l’amélioration continue de la qualité de l’Education technico-professionnelle », qui pourrait alimenter l’investissement nécessaire. Depuis 2009, on a intégré comme ligne d’action l’équipement informatique dans les salles de classe pour les étudiants de dernière année de chaque spécialité de l’ETP de niveau intermédiaire et la restauration des établissements. Rappelons une donnée culturelle/professionnelle peut-être oubliée à cause de nos crises économiques successives : lorsque l’on a enclenché le processus de redressement de l’industrie, on a découvert avec effroi que la société argentine avait perdu la connaissance de métiers aussi élémentaires que la tournerie. En 2003, 6 700 000 AR$ (environ 1 260 000 €) ont été investis dans les écoles techniques. En 2010, ce même investissement est passé à 595 500 000 AR$ (environ 112 000 000 €). Une augmentation de l’ordre de 8788 %, qui s’explique en bonne partie par l’application à partir de 2006, précisément, du Fonds d’Amélioration (Fondo de Mejora), alimenté par la Trésorerie Nationale (voir note à part).

Chacune de ces données, et celles qui suivront, se subordonne et s’intègre à une stratégie à grande échelle, celle de l’amélioration des ressources allouées au financement de l’éducation. En 2003, les 14,5 milliards de pesos argentins (environ 2 760 000 000 €) investis impliquaient 3,86% du PIB. En 2010, le passage à 94,3 milliards (environ 18 milliards d’euros) explique la chute du PIB de 6,46%. Il s’agit d’une augmentation de 523%.

En conséquence, il est également apparu envisageable de mener une stratégie de recomposition salariale pour le corps enseignant. En 2002, le montant des ressources consacré aux salaires de l’enseignement primaire, secondaire et universitaire était de 385,2 millions de pesos argentins (environ 75 millions d’euros). En 2010, il aurait été de 2,039 milliards (environ 388 millions d’euros). Sur la période analysée cela équivaut à une augmentation de 430%. La hausse est d’autant plus importante lorsqu’il s’agit des salaires d’enseignants universitaires. Au sommet de la pyramide, un professeur titulaire à temps plein et avec le plus d’ancienneté a vu son salaire passer de 2 259 AR$ en décembre 2003 à 11 500. Sans ancienneté, l’enseignant qui touchait 1 042 AR$ , en reçoit aujourd’hui 6 275, une hausse de 435%, pour une augmentation du niveau de vie, qui, selon les données répertoriées par le ministère, a été de 71,08% sur cette période. Autre point important, celui du financement universitaire en général. En comparaison, de 1 962 000 000 AR$ (0,52% du PIB) en 2003, le budget est passé à 12 330 000 000 AR$ en 2010 (soit 0,88%). Une augmentation de 528%.

Les livres ne mordent pas. Entre 2004 et 2010, le ministère de l’Education a distribué plus de 30 000 000 de manuels scolaires, d’œuvres littéraires et autres, et plusieurs millions de publications dans des espaces non conventionnels : terrains de football, terminus d’autobus, transports en commun. Ces programmes semblent porter la signature de Daniel Filmus qui a d’abord été ministre de l’Education de la ville de Buenos Aires (n’oublions pas qu’Abel Posse l’a été pour quelques jours…), puis de l’Etat après.

Il se passe la même chose avec les programmes de bourses, qui ont été multipliés de façon exponentielle. En 2010 les bourses scolaires ont été mises en place dans le cadre de l’Allocation Universelle pour Enfant et ont profité à pas moins de 3 996 878 enfants, avec un investissement de 2 025 769 690 AR$. Au sujet de l’AUE, quelques chiffres concernant son impact sur l’éducation ont déjà été publiés dans ce journal : par exemple, 250 000 gamins ont réintégré le système scolaire. Précisément en ce qui concerne les bourses universitaires, elles sont passées de 2 756 en 2003 a 49 920. 32 345 d’entre elles correspondent au programme Becas Bicentenario (Bourses Bicentenaire), 15 575 au plan national de bourses et 2 000 sont en rapport avec les nouvelles technologies de l’information. Si en 2003 on investissait 6 890 000 AR$ dans les bourses universitaires, en 2010 on a investi 208 250 000 AR$, une augmentation de 2 922% sur cette période. En ce qui concerne les bourses universitaires, l’investissement total sur la période 2003-2010 a été de 592 287 300 AR$.

Le retour des lycées techniques

La loi d’Education Technique 26.058 votée en 2005 a permis de générer des instruments visant à améliorer la qualité de l’éducation technico-professionnelle et, selon ce qu’explique un document de travail du ministère de l’Education, « elle a mis en place un mécanisme de financement afin de permettre que les institutions de cette spécialité puissent atteindre les conditions qui garantissent une éducation de qualité ».

Cet instrument est le Fond d’Amélioration mentionné plus haut dans cet article. Ses ressources proviennent d’apports du Trésor Public à partir d’une somme annuelle qui équivaut à 0,2% du total des revenus courants prévus dans le budget annuel de l’Etat. Les ressources sont distribuées dans les provinces selon une formule polynomiale. En clair, le budget accordé par le ministère de l’Education au système des écoles techniques est passé de 6,7 millions AR$ en 2003 à 595 millions AR$ en 2010 et devrait atteindre presque 813 millions AR$ en 2011 selon les prévisions.

L’année charnière a précisément été celle durant laquelle les fonds prévus par la loi ont été débloqués : en 2006 lorsque 270 millions ont été investis. Dès lors, la totalité des fonds a tourné autour de 2 milliards AR$, distribués parmi 2 547 établissements techniques. La finalité de ces fonds est de permettre la formation des enseignants, la réalisation de politiques d’égalité des chances, de projets d’articulation avec des institutions de Science et Technique et du secteur socio-productif et la mise en place de « stages professionnalisants ». Il s’agit aussi « de fournir des équipements, de remplir les conditions d’Hygiène et de Sécurité, d’adapter les infrastructures et de rendre possible l’installation de l’internet et de bibliothèques techniques spécialisées ». Entre 2006 et 2009 on a distribué 42 000 bourses d’encouragement à des étudiants de filières techniques du secondaire, grâce à un investissement de 165,6 millions AR$. Deux millions d’exemplaires de 20 publications sur les Sciences Naturelles et les Mathématiques, élaborés par des enseignants universitaires, des chercheurs et des boursiers du Conicet, ont aussi été édités et distribués parmi les étudiants. De plus, six séries télévisées (pour un total de 57 épisodes) ont été produites en coproduction avec la chaîne Encuentro. Les copies de ces épisodes, accompagnées de guides didactiques, vont être distribuées à tous les établissements d’enseignement technique.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Laurie Pertusa et Nicolas Simoncini

Miradas al Sur . Année 3. Edition numéro 133. Dimanche, 5 décembre 2010

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