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16 juillet 2012

Bilan de l’échec électoral au Mexique et quelques propositions

par Guillermo Almeyra *

 

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

L’effort électoral électoral fut très grand, et son résultat en votes important. Mais dans les pays dépendants, à la différence des pays Européens, un triomphe électoral capable de modifier le système politique est possible seulement comme conséquence et sous-produit de mobilisations extra-électorales des masses, comme la Révolution Mexicaine de 1910 elle même, les grèves qui ont fait chuter la dictature brésilienne, le 2001 argentin, les luttes pour l’eau et le gaz en Bolivie, les luttes vénézuéliennes qui ont rendu possible un Chávez.

Dans nos pays, les élections ne sont – de plus- pas seulement une confrontation entre des secteurs des classes dominantes et de leurs appareils politiques avec une intervention indirecte ou passive des masses populaires. Dans celles-ci [les élections] pèse -et comment ! – la dépendance de la domination impérialiste, qui est indirectement exercée grâce à ses marionnettes dans les partis et des institutions capitalistes, profondément liés au capital financier international, et directement grâce à l’ « ambassade » et toutes les agences qui sont en rapport avec celle-ci. Je réaffirme que l’on ne peut pas voir ce qui arrive au Mexique comme si le pays était sur la planète Mars, quand c’est un problème intérieur des États-Unis et que comme tel il est traité par Washington dans le cadre de sa stratégie pour tout le continent. Les coups « mous » parlementaires au style hondurien ou paraguayen prennent, alors au Mexique, la forme d’une clause non écrite qui met son veto à tout gouvernement de gauche ou de centre-gauche à Los Pinos (Résidence présidentielle]. Les nationalistes, de façon absurde, ne voient pas la présence de l’impérialisme à leur frontière ; les internationalistes comprennent, en revanche, que sans alliance avec les opprimés à l’intérieur des États-Unis et dans toute l’Amérique Latine, les possibilités de libération nationale seront très réduites. Rappelons que, dans les années 60, l’Algérie a obtenu sa libération grâce à son insurrection populaire mais aussi à la mobilisation solidaire de la gauche en France et à celle des peuples arabes, et que Cuba a survécu par les travailleurs cubains, mais aussi par l’appui international …

Les échecs électoraux au Mexique de 1988, 2006 et 2012 tirent leur origine, surtout, dans la poursuite de l’utopie fallacieuse du changement par la simple voie électorale et dans la foi religieuse pour un particulier fétichisme : celui d’un petit bout de papier déposé dans une urne que, à ce qu’on suppose, des « Suédois » ou « Suisses » impeccables qui nous gouvernent reconnaîtront au nom de la démocratie. Dans un pays où l’abstention est grande voire énorme, où les plus pauvres, pour manger, sont disposés à vendre leur vote puisqu’ils n’attendent rien de personne ni de rien, et ni d’eux-mêmes, où il y a des centaines de milliers de jeunes qui rentrent dans les armées du narco, où – si nous additionnons les votes du PRI, ceux du PAN, ceux du Panal et en grande partie de ceux du PRD –la pensée conservatrice et réactionnaire est majoritaire, l’essentiel en revanche, est de lutter pour construire une conscience sociale et une organisation qui l’exprime.

Le vote est seulement un mauvais thermomètre de la température sociale. Il ne change rien, ni octroie une force organisationnelle. Au contraire, même pour obtenir des votes, il faut promouvoir à travers les luttes, la conscience de la dignité même, la capacité à mesurer le rapport de forces entre le gouvernement et le peuple et entre les diverses classes sociales, la sécurité et l’auto confiance que seule une organisation peut donner. Cela ne s’ obtient pas seulement avec des campagnes électorales mais en partant de luttes concrètes des travailleurs de toute sorte, à travers leurs problèmes réels, et du niveau de conscience de ceux qui participent à celles-ci, pour unifier les mouvements, pour éduquer dans la solidarité, pour démontrer quelles sont les causes de fond, dans le système, des effets de ce dernier contre lesquels ces salariés s’ élèvent. La vie et les luttes, les vrais gens doivent être l’axe des efforts en faveur du changement social, non les urnes que les autres contrôlent et manipulent.

Un mouvement qui n’accompagne pas les travailleurs dans leurs luttes, les socialise et les développe, n’obtient même pas assez de votes et ne change rien. Beaucoup moins encore, si pour obtenir des votes plus que modérés, l’on accepte des accords avec des gens infréquentables, on ne parle pas dont on doit parler et on ne se réunit pas, par crainte, avec qui – comme les sans papiers des États-Unis ou les progressistes latinoaméricains –on devrait se réunir et coordonner ses actions.

Si on veut socialement changer un pays, un instrument approprié pour cela est nécessaire, non une tonne de papier. L’Organisation Politique des Travailleurs (OPT) a été subordonnée à Morena, non à un axe à renforcer et à construire. Maintenant la lutte du #YoSoy132 qui ne reconnait pas l’introduction d’un gouvernement illégitime et illégal est au second plan Morena, face à la campagne juridique pour la contestation des élections.

Ce qu’il faut organiser, bien sûr, ce n’est pas une rébellion immédiate, parce que les forces pour cela n’existent aucunement, et ceux qui se sentent trompés et volés ne la désirent pas. Il faut franchir le Rubicon de la rupture avec le tabou institutionnaliste imposé par les « sénateurs romains » dont nous souffrons. C’est à dire, organiser la solidarité avec les germes de l’autogestion et de l’autonomie qui surgissent dans le territoire, faire des pactes de gouvernabilité dans chaque région, appliquer directement tous les droits qu’il soit possible, organiser la défense des dirigeants populaires et l’auto-défense des organisations populaires.

La résistance civile ne signifie pas de cesser de travailler et mourir de faim en signe de protestation, mais de commencer à créer les conditions pour une grève générale nationale avec un appui populaire, via un programme ouvrier et populaire de transformation du pays rédigé et élaboré dans la lutte (et pas seulement par un programme développementiste sans gnaque rédigé entre quatre murs, même s’il peut avoir des points à retenir).

L’étape qui a commencé en 1910 et s’est traînée jusqu’à présent, a pris fin. Nous entrons, et pas seulement au Mexique, dans la phase de la lutte anticapitaliste. Dans la lutte, comme celle du #YoSoy132, où des dirigeants naturels surgissent. Il faut répondre à leurs préoccupations.

La Journée. Le Mexique, le 15 juillet 2012.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par  : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 16 juillet 2012.

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