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3 septembre 2019

Argentine : Le néfaste choc mondial

par Sandra Russo *

 

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Quand dans le futur on étudiera comment les informations locales et internationales, reçues respectivement par les différentes populations de la planète à notre époque, ont été fragmentées, coupées, sectionnées et déconnectées, on remarquera sûrement que cette tendance à partager les faits sans établir de corrélations avait beaucoup à voir avec l’état que nous avons atteint aujourd’hui.

Nous pouvons tomber dans la tentation médiatique de croire, par exemple, que l’énorme crise à laquelle nous sommes confrontés en Argentine après l’expérience macriste (un PDG dans chaque ministère pour la première fois au monde dans l’histoire d’un gouvernement, les (fonds) vautours les soutenant pendant des années, la stupeur maintenant, comment interpréter cette stupeur s’ils venaient pour nous sacrifier et c’était visible ?), il n’a aucun rapport avec le feu qui guette le joyau naturel le plus précieux, la plus grande forêt tropicale du monde, l’or de la multidiversité et la demeure majestueuse de ces autres joyaux que l’Amazonie garde en son sein : plus de deux cents peuples qui depuis la (première) conquête ont été préservés dans leur cœur et n’ont eu encore aucun contact avec la « civilisation ». « Les peuples autochtones sont un obstacle au développement », a déclaré Bolsonaro. Ainsi, le dit-il aujourd’hui alors qu’on les tue.

On peut croire, dans cette confusion induite, que Macri et Bolsonaro doivent être étudiés séparément, et ne pas voir dans l’un la progression de l’autre, ou des deux modes et styles d’alphas dans leurs plus atroces versions, choisis par quelqu’un plutôt que par leurs propres électeurs, pour émerger en même temps et libérer dans nos pays les instincts les plus bas, les ressentiments les plus profonds, les craintes les plus déchirantes face à des majorités et des minorités écrasantes. Cependant, vous ne pouvez pas penser à la ruine argentine sans l’associer à l’incendie qui a exposé Bolsonaro au niveau international comme une brute et un menteur. C’est exactement au même moment que la grande presse mondiale et la presse hégémonique locale « découvrent » qu’elles « ont surestimé » Macri et lui ont lâché la main.

La brutalité du président brésilien, qui jamais ne serait arrivé au pouvoir sans le précédent procès politique lancé contre l’ancienne présidente Dilma Rousseff et sans la « lawfare » qui maintient Lula en prison, s’est adressé cette semaine avec une maladresse inexcusable au président français Emannuel Macron. Il ne s’est pas tourné vers lui pour réfuter ce que Macron avait déclaré lors du G7 au sujet de la violation de l’engagement qu’avait pris et avait signé Bolsonaro pour la préservation de l’Amazone. Les feux de forêt et les forêts vierges sont passés sur le terrain diplomatique lorsque la Norvège, l’Allemagne et la France ont annoncé pour la première fois qu’elles réduiraient les aides financières accordées à cette région car Bolsonaro ne respectait pas sa part. Un argument politique.

Mais Bolsonaro ne vit pas dans le monde de la politique ou de la diplomatie. Bolsonaro vit dans le mépris. Et il s’est moqué de Macron parce qu’il a une femme de vingt ans plus âgée que lui. Et comme si cela ne suffisait pas, il a téléchargé une photo de lui avec sa jeune épouse, celle qui en pleine campagne a déclaré , quand ils lui ont demandé comment c’était de vivre avec un homme qui aimait tant les armes : « Eh bien, dans l’amour il faut aussi avoir un peu peur ». La réponse française est venue al toque. Macron, lors d’une conférence de presse, a déclaré qu’il « se sentait attristé par le manque d’éducation de Bolsonaro ; comme j’ai beaucoup d’amitié et de respect pour le peuple brésilien , j’espère très rapidement qu’ils auront un président qui se comporte à la hauteur ». Il a également déclaré « je pense que les femmes brésiliennes ont sans doute honte de lire ça de de leur président  ». En effet, le lendemain, des milliers et des milliers de femmes brésiliennes ont levé un #DisculpasBrigitte auquel la première dame française a envoyé un remerciement en portugais.

Si nous continuons à lier des faits ou des nouvelles qui nous sont présentées cloisonnées, nous ne pouvons cesser de faire un lien entre la jeune adolescente suédoise Greta Thunberg, sur le rôle imminent de laquelle nous insistons dans ces notes, avec les ravages que Bolsonaro non seulement permet mais encourage (il avait déjà averti les communautés de peuples autochtones qu’il donnerait des armes aux propriétaires terriens à utiliser comme ils le voudraient), qui a rejeté l’aide du G7 et continue de laisser brûler le monde. Greta est arrivée à New York pour le Sommet sur le Climat qui, cette fois, sera mondial, sur un voilier et est déjà identifiée comme « la fille phare » de la génération actuelle de lycéens. Presque tout ce que Greta a dit sur tous les podiums où elle est reçue se réalise au Brésil. Greta lutte contre les émissions de gaz. Selon les scientifiques, les plus dangereux sont ceux qui proviennent des animaux d’élevage à grande échelle. C’est l’une des raisons de la déforestation de l’Amazonie.

S’il s’agirait de continuer à tisser des sujets, nous pourrions continuer, car ces échecs retentissants des extrêmes droites n’empêchent pas l’extrême droite de suivre son chemin en tant que bactérie résistante. Regardez à Londres : le nouveau Premier ministre a proposé la trouvaille de « fermer » le Parlement. Regardez l’Espagne : Madrid a échangé Manuela Carmena par une jeune femme du PP qui est prête à privatiser l’enseignement public. Le fil des relations est infini, parce que la trame est la même, le plan est le même, la déformation du sens de la réalité des peuples se produit par le biais de dispositifs similaires et énormes contre lesquels les voix lucides se diluent comme de petites étoiles étincelantes de Noël

Mais finalement, encore un lien. Ceux qui laissent brûler cette énorme partie de territoire précieux, sont les mêmes que ceux qui laissent brûler les corps des personnes déshonorées dans les rues, dans les dépotoirs, à la périphérie. Ce sont les mêmes qu’au Brésil, en Argentine, en Espagne ou ailleurs. Ils ont conçu la possibilité que le monde soit un pur objet de leur propre revenu. Ils ont pris la politique en otage et ont été vendus comme des voitures haut de gamme en échange de beaucoup de motifs. Ce qu’ils sont en train de détruire de manière irréversible, notre monde avait des gardiens ancestraux qui fuient maintenant désespérément sans savoir où courir, car pendant des siècles et des siècles, ils ont gardé contact et harmonie avec ce qui les entourait. Aucune ONG, aucune personnalité pertinente, aucun prix Nobel n’a autant contribué à la préservation de la planète que les peuples originaires d’Amérique Latine.

Ils ont une clé que la civilisation à laquelle nous appartenons n’a jamais eu. Eux, ce mélange ethnique d’obstination animale qui a réussi à se transmettre à soit même ses secrets, sont assimilés à des espèces, à de nombreuses autres espèces dont le pouvoir néocolonial a déjà décidé de mettre fin. Il fut un temps où la colonisation de ces peuples est venue établir ce mode de vie qui atteint aujourd’hui son agonie. Dans cette nouvelle avancée néocoloniale, lorsque nous voyons fuir les peuples originaires sous le feu, il faut comprendre que, pour les nouveaux colonisateurs, nous sommes aussi des Indiens. Si nous ne les rejetons pas, ils vont tout brûler autour de nous. Ils ne colonisent pas pour régner. Ils coloniser pour vendre.

Sandra Russo* para Pàgina 12

Pàgina 12. Buenos Aires, 31 de agosto de 2019.

* Sandra Russo est journaliste, éditorialiste, auteur et animatrice argentine de diverses émissions de radio et télévision

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

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