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17 mars 2016


Argentine :
« Cela ne va pas bien finir » Norberto Galasso

 

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L’historien Norberto Galasso a analysé lors d’un dialogue avec Radio Sur les premiers mois du gouvernement de Mauricio Macri, le rôle du kirchnerisme dans l’opposition, les politiques antipopulaires et l’avenir politique du pays.

Par où commencer pour qualifier ces mois de gouvernement de Mauricio Macri ? Quel est le premier bilan de ce nouveau gouvernement ?

En novembre de l’année dernière, j’ai publié un livre intitulé « Macri, la vuelta al pasado  » [Macri, le retour au passé], faisant référence à toute l’histoire de la famille Macri. Là, j’ai parlé d’un livre, qui est apparemment le livre préféré de Mauricio, qui s’appelle « La virtud del egoísmo » [« La vertu de l’égoïsme » Livre complet en pdf et en esp]. Il se situe dans le cadre d’une école théorique usaméricaine qui exalte l’égoïsme comme quelque chose de fondamental chez l’être humain et considère que la solidarité, la fraternité et l’affection entre les êtres humains vont contre sa nature, laquelle accorde la priorité au propre intérêt.

Cependant, au moment d’écrire, je n’avais pas pensé qu’il soit possible que Macri gagne les élections présidentielles et, encore à supposer qu’il pût gagner les élections, il était difficile d’imaginer qu’ allait se déchaîner cette politique conservatrice et libérale.

J’ai vu avec surprise dire à un macriste à la télévision qu’il a un seul maître et que c’est Adam Smith, ce qui est comme revenir 200 ans en arrière. C’est aller vers la croyance de que le marché règle tout, et qu’il faut établir une liberté totale : liberté de prix, liberté pour envoyer des devises [à l’extérieur], liberté pour gérer le prix des locations ; en définitive tout demeure réglé par l’offre et la demande.

Adam Smith inclus, qui est le créateur de l’économie classique, disait que cela était possible, à condition qu’il y ait beaucoup de demandeurs d’un côté et beaucoup d’offreurs de l’autre. Si l’une des deux parties se trouvait réduite pour une raison quelconque, le marché ne pouvait pas affecter les ressources de manière équilibrée. Ce qui arrive en Argentine est que l’offre est entre les mains de petits groupes monopolistes ou oligopolistiques qui ont un important pouvoir pour imposer les prix et se sont trouvés devant la politique du kirchnerisme d’augmentation de la demande.

Les grands groupes économiques, devant cette demande, n’ont pas répondu en augmentant la production mais en maintenant la production et en augmentant les prix. Cela a provoqué une redistribution en faveur des secteurs concentrés et au préjudice des travailleurs. Les licenciements indistincts s’ajoutent à cela en général. Tout cela conduit à une récession qui s’ajoute à la politique concernant les fonds vautours qui va se traduire par un très fort endettement.

De manière que le titre que j’avais donné au livre s’est avéré prophétique parce que c’est le retour à la politique de Martinez de Hoz en 1976 et c’est le retour à la politique du gouvernement ménémiste des années 90.

Dans l’histoire il y a eu d’autres gouvernements que nous pourrions qualifier de conservateurs ou de libéraux et tous n’ont pas fini de la même manière. Quelles mesures peuvent freiner un gouvernement qui, comme vous le signalez, va à l’encontre de la poche des travailleurs ?

Les historiens, prennent comme excuse pour ne pas faire de diagnostics qu’ils parlent du passé, et qu’ils ne donnent pas d’opinions jusqu’au lundi, quand les faits sont déjà passés. Ce serait une façon facile d’esquiver le coup. Mais je crois que cela ne va pas bien finir.

D’un côté se trouve monsieur tout le monde qui, maintenant en mars, va recevoir des factures d’électricité et de gaz notoirement supérieures à celles qu’il paie d’habitude, et de plus il a peur de perdre leur travail puisqu’il voit que dans un Ministère on vire 200 de personnes et dans l’autre 100, sans discernement.

Mais aussi, il existe une certaine défection d’une certaine partie de la direction péroniste, on ne peut pas non plus assurer que va loi Cerrejo (Verrou) va rester , comme on ne peut pas non plus assurer que l’on ne pas tomber d’accord avec les propositions faites aux holdouts. Et sur cela, par exemple, nous n’avons même pas d’information. Il y a peu de temps les premiers rapports sont apparus et les journalistes ont calculé que ce que les vautours ont acheté à 25 pesos aujourd’hui on va leur payer 100. C’est une affaire de pourcentages terribles et qui s’endetteraient le pays pour longtemps.

On ne peut pas non plus savoir quelle va être la réaction populaire devant les licenciements et les hausses de prix. L’inflation devient irrépressible et le gouvernement ne fait rien pour la freiner, au contraire, il pense que l’inflation est le produit du déficit budgétaire et qu’il devrait augmenter les impôts pour faire descendre ce déficit. Mais, en même temps qu’il fait cette analyse, il exempt de rétention les compagnies minières et le secteur agricole. De manière qu’il lui reste deux options, ou il emprunte ou il vire une grande quantité de fonctionnaires.

S’ils optent pour la deuxième option, ils augmentent le chômage et génèrent une réduction drastique de la consommation, avec des conséquences terribles pour le petit commerce et la petite et moyenne industrie. Face de ce panorama et compte tenu des caractéristiques du kirchnerisme, dont quelques dirigeants montrent trop de bonne volonté pour accompagner ces mesures, il est très difficile de dire comment cela va finir. Je crois que cela va être très difficile de mener une politique de ce type pendant longtemps.

Vous parliez récemment de la direction et de la difficulté de savoir ce qui va arriver dans son sein. Nous souhaiterions vous interroger sur ce secteur de la société qui n’est pas organisé mais qui s’identifie au gouvernement de Cristina Fernández. Comme le disait il y a peu Agustín Rossi, il semble y avoir plus de kirchnerisme chez les gens que chez les dirigeants.

Sans doute. Ce kirchnerisme s’est manifesté dans les adieux impressionnants qui ont été faits à Cristina et après dans les réunions qui ont eu lieu sur les places comme par exemple celles qu’Axel Kicillof a tenues. Mais si cela n’a pas de relation avec la direction …

Le kirchnerisme s’est caractérisé par la faiblesse de ses cadres moyens et cela tient à de nombreuses raisons : cela provient des 30 000 disparus, de beaucoup de gens qui ont été déçus par le ménémisme, entre autres. Quoi qu’il en soit, il semble que la bataille culturelle qu’on croyait gagnée, n’est pas gagnée. Et le kirchnerisme a atteint un pourcentage de l’électorat qui a compris les mesures qui ont porté en avant pour distribuer le revenu, pour augmenter la consommation, pour mettre en place l’Attribution Universelle par enfant, la récupération de Aerolineas Argentines et d’YPF. Il y a beaucoup de gens qui le comprennent, et ce noyau dur représente 25 ou 30 pour cent, et avec sa périphérie, atteint les 50%.

C’est le chiffre obtenu lors des dernières élections. Mais il y a un secteur de l’électorat indépendant qui s’est laissé séduire par les campagne de Macri, qui maudissent la politique, qui affirment qu’il n’y a plus ni droite et ni gauche et qu’il s’agit seulement de gérer. Et après nous avons des faits insolites : un directeur de la Banque Centrale qui a un procès judiciaire en cours comme c’est le cas de Federico Sturzenegger ou un ministre des Finances qui est étroitement lié aux grands monopoles, comme c’est le cas d’Alfonso Prat-Gay et le groupe Fortabat ou le cas de Carlos Melconian qui a souvent dit dans les médias qu’il était nécessaire de faire baisser la consommation et que les salaires argentins sont très hauts.

Face à tout cela, il y a une partie de l’électorat qui écoute attentivement quand on parle de la corruption présumée du gouvernement kirchneriste et n’observe pas que le cousin du président, Angelo Calcaterra, a déjà à sa disposition plusieurs appels d’offres pour construire des routes, comme il n’observe pas non plus, que la plupart des hommes de ce gouvernement ont été des dirigeants d’entreprises multinationales. Et cela signifie qu’ils ne font du mal aux gens exprès, mais parce qu’ils ont la mentalité d’un dirigeant d’entreprise multinationale. Dans leur logique à eux, il faut payer les holdouts pour que les investissements aient lieu dans le pays, bien que l’Europe et les États-Unis ne soient pas en ce moment en phase d’acheter ni d’ investir, parce qu’ils traversent une crise qu’ils ne peuvent surmonter.

De manière que cette mentalité libérale a réussi à ce que l’électorat de Macri qui doit être de 20% ait atteint 50 % [grâce au bloc Justicialiste et au Front Renovateur, tous péronistes de droite et opportunistes]. Maintenant, dans les sondages d’image publique, ressort qu’il est déjà tombé 20 %. Et en mars, avec les paritaires et l’augmentation des prix des services, il va tomber encore plus. Ce que je ne vois pas, c’est l’organisation dans l’opposition qui puisse faire face à cette politique antipopulaire.

Notas.org.ar. Buenos Aires, 11 de marzo de 2016.

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi.

El Correo de la diaspora. París, 17 mars 2016.

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